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Pétro-État, crise historique et nouvelles frontières des matières premières de haute valeur

Une géographie des conflits écologiques au Venezuela

Au Venezuela les études et les recherches dans le champ de l’écologie politique sont rares et ont peu d’impact dans le débat politique ; en règle générale les conflits socio-environnementaux éveillent fort peu d’intérêt. Je vais ici tenter de les rendre visibles non seulement en tant qu’ils se déploient en un lieu spécifique, mais aussi en tant qu’ils sont partie intégrante de processus conflictuels et différenciés de production et de transformation du territoire sur le plan national.

Je recenserai vingt des conflits socio-environnementaux les plus emblématiques du pays, de façon à en proposer une sorte de géographie. Je mettrai en évidence les tendances et les différenciations de ces luttes, déterminées dans une grande mesure par la manière dont l’extractivisme Extractivisme
Extractiviste
Faisant référence, au départ, aux activités extractives au sens strict (mines et hydrocarbures), il est de plus en plus utilisé dans les milieux universitaires et militants pour désigner, par extension, l’accélération de toutes les activités d’exploitation des ressources naturelles à échelle industrielle et la place centrale de ces secteurs d’activité pour les économies exportatrices de matières premières.
pétrolier vénézuélien a configuré un mode d’appropriation, d’organisation et de gestion du territoire national afin d’atteindre ses objectifs macroéconomique et rendre possible l’accumulation de capital au niveau national et international.

Ces conflits liés à l’environnement ont lieu durant la Révolution bolivarienne (de 1999 à nos jours), c’est-à-dire durant un processus complexe où la « justice sociale » a été une bannière brandie non seulement dans les récits dominants, mais aussi dans une série de politiques publiques d’inspiration sociale ; celles-ci, appliquées des années durant, parvinrent à améliorer les conditions de vie et la participation politique citoyenne de secteurs de la population qui étaient historiquement exclus. Cependant, l’extractivisme et ses conséquences environnementales se sont intensifiés dans tout le pays. Et les piliers mêmes de cette justice sociale sont contrecarrés par une notoire injustice environnementale, qui tient aux structures et à l’histoire du pouvoir et à des conflits territoriaux.

J’examinerai le rôle de l’État pétrolier, l’une des spécificités historiques du cas vénézuélien, dans le cadre de la Révolution bolivarienne, et la façon dont il a établi une domination absolue au nord de l’Orénoque. En revanche, au sud, dans la région Guayana, se produisent de fortes luttes territoriales pour le contrôle de zones et de ressources stratégiques.

Le contexte de ces vives tensions est celui de la crise extraordinaire que traverse le pays, qui a affecté toutes les sphères de la vie quotidienne et a détérioré les conditions d’existence de la population (portant atteinte aux avancées sociales réalisées depuis 1999). Cette situation de crise ne touche pas seulement la société à travers les organismes et les institutions officielles, elle a également favorisé l’émergence ou le renforcement de nouveaux acteurs et de pratiques sociales liés à des économies souterraines (informelles et illégales) ; il faut insister notamment sur la croissance de l’activité minière illicite, qui aggrave les conflits territoriaux et complique encore les configurations d’injustice environnementale.

Les conflits socio-environnementaux proviennent des inégalités dans l’accès aux ressources naturelles, aux services environnementaux, ainsi que des inégalités face aux conséquences de la dégradation de l’environnement. La justice environnementale serait la suppression de ces inégalités. Bien qu’un conflit puisse avoir simultanément d’autres motifs (culturels, par exemple), la distinction entre juste distribution économique et juste distribution écologique est importante, étant donné la dévalorisation de la seconde au Venezuela et le surgissement de luttes effectives pour une plus grande justice environnementale.

J’entends ici par « territoire » un espace géographique qui se construit socialement et j’adopte, du point de vue de l’écologie politique, la perspective de Deleuze et Guattari, en entendant la territorialisation comme le processus par lequel le territoire est socialement transformé, dominé, modelé, contrôlé, signifié, valorisé et/ou disputé, avec les éléments qui le constituent, tels ses ressources, ses cycles écologiques et les êtres humains qui l’habitent.

Ces processus de production de territoires sont à analyser dans les dynamiques de l’accumulation capitaliste, ce qui permet de montrer que les relations de pouvoir globales, régionales, nationales et locales déterminent des déterritorialisations (rupture d’un ordre territorial à un moment donné) et des reterritorialisations (sa reconfiguration suivant un autre modèle) ; le capital et l’État, mus fondamentalement par l’appropriation des ressources, du travail et des territoires, au détriment des populations et des communautés locales, sont les acteurs principaux de ces processus de déterritorialisation / reterritorialisation.

En Amérique latine, ces processus sont gérés suivant le modèle extractiviste. J’entendrai ici ce modèle non seulement comme un mode particulier d’accumulation capitaliste, mais aussi comme un système économico-écologico-politique qui implique un mode de territorialisation, lequel se déploie en liant des territoires autour de l’extraction massive des « ressources naturelles » et de la distribution des bénéfices qui proviennent de cette extraction.

Au Venezuela, le principal gestionnaire du mode de territorialisation actuel et l’acteur qui structure l’économie de rente pétrolière, c’est l’État pétrolier dont la caractéristique est l’extraordinaire hégémonie qu’il a acquise sur le plan national, à travers l’appropriation et la maîtrise dans tout le pays du négoce pétrolier, qui est devenu sa principale source de revenus. Il faut insister sur le fait que cet État ne constitue pas sa puissance à partir d’une marchandise quelconque (comme par exemple les bananes, le cuivre ou le bétail), mais à partir de la ressource qui irrigue le métabolisme social du système capitaliste depuis la seconde moitié du xxe siècle, de sorte que son influence peut être internationale (souvenons-nous du rôle du Venezuela dans la création de l’OPEP OPEP Organisation des pays exportateurs de pétrole. Regroupe 11 pays : Algérie, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Indonésie, Irak, Iran, Koweït, Libye, Nigeria, Qatar, Venezuela. en 1960).

Dans les économies pétrolières, le pétro-État tend à monopoliser la création de richesses dans le pays et produit une hypercentralisation politique, économique et même culturelle dans la mesure où, au Venezuela, s’est construit, à partir des années 30, un puissant imaginaire social de richesse, de progrès et de modernité, sans précédent en Amérique latine. En dépit des nombreuses crises qu’a traversées le pays dans les dernières décades, cet imaginaire garde encore sa légitimité pour la majorité de la population. Le pétro-État est considéré comme le moteur de la transformation économique du pays et sa compagnie pétrolière nationale (PDVSA PDVSA
Petróleos de Venezuela
Petróleos de Venezuela SA est la compagnie nationale publique de pétrole du Venezuela.
) joue un rôle central dans ces processus. C’est l’État qu’interpellent les mécontentements citoyens et c’est lui qui doit affronter les conflits écologico-distributifs dans le pays.

Le mode de territorialisation mis en œuvre par le pétro-État et l’économie pétrolière sature le nord du fleuve Orénoque, où se concentrent les 95 % de la population, les principaux noyaux urbains qui assurent les fonctions d’extraction du pétrole, les pôles agricoles et les zones sacrifiées [1].

Au sud de l’Orénoque, mis à part les pôles urbains de Ciudad Bolívar, Ciudad Guayana et Puerto Ordaz, se trouvent les nouvelles et vastes « frontières des matières premières de haute valeur [2] », espaces géographiques situés en dehors des circuits centraux d’accumulation du capital, qui servent non seulement de réserves de ressources, mais encore de zones économiques à bas coût, où peuvent se résoudre ou se mitiger les crises de l’accumulation en en portant le poids sur les paysans, les peuples indigènes, les économies locales, les parcs naturels, entre autres. Ces configurations territoriales déterminent les dynamiques des conflits écologico-distributifs dans le pays. L’éco-régime mis en place par le pétro-État dessine des rapports de force tels qu’il devient très difficile de s’affronter à l’industrie pétrolière nationale, figure emblématique du progrès dans le pays. À son tour, l’État essaie de créer une réponse aux conflits de distribution écologique à partir d’une politique de rente, c’est-à-dire en utilisant la rente du pétrole pour gérer les conflits de distribution tant économique qu’écologique.

Sélection et répartition géographique de conflits environnementaux

J’ai recensé vingt conflits socio-environnementaux en tenant compte des critères suivants : 1) ils sont actuels, même si leur intensité a baissé ou est latente ; 2) ils sont représentatifs géographiquement (dix au nord de l’Orénoque, dix au sud, se répartissant dans les régions les plus significatives du pays ; 3) ils ont trait à des impacts significatifs sur l’environnement (étroitement liés à des industries extractives) ; 4) ils ont suscité ou suscitent des mobilisations relativement importantes ; 5) ils se développent dans le temps (ce ne sont pas des accidents comme l’explosion d’une raffinerie) ; 6) ils ont lieu sur un territoire déterminé (ne concernent pas toute le territoire national)

Tableau n° 1
CasNom du casZone
1 Indigènes Wayúu du fleuve Socuy, défendant leur territoire contre l’avancée de l’extraction de charbon (Carbozulia), Zulia. 1
2 Indigènes Yukpa des fleuves Tukuko et Yaza, luttant pour freiner l’expansion des projets de Carbozulia dans la montagne de Perijá, Zulia. 1
3 Le complexe pétrochimique El Tablazo et les luttes de la communauté El Hornito contre PDVSA, Zulia. 2
4 Impacts socio-environnementaux du complexe de raffinerie Paraguaná, Falcón. 2
5 Transfert des eaux du lac de Valencia, Carabobo. 3
6 Impacts socio-environnementaux sur la montagne dans les communautés de Tiara et Altagracia du fait de la compagnie minière Lomas de Níquel, Aragua. 3
7 Extension de l’autoroute Valle-Coche, Caracas. 3
8 Impacts socio-environnementaux du complexe pétrolier José Antonio Anzoátegui, Anzoátegui. 4
9 Indigènes Kariña de Tascabaña affectés par PDVSA, Anzoátegui. 4
10 Le projet de port en eaux profondes dans la péninsule d’Araya, Sucre. 4
11 La décharge de Cambalache à Ciudad Guayana, Bolívar. 11
12 Indigènes Warao dans le bas delta de l’Orénoque, contaminé par des déchets toxiques de la Corporation vénézuélienne de Guayana et l’activité minière illégale, Delta Amacuro. 7
13 Extraction minière illégale et contamination au mercure à El Callao, Bolívar. 8
14 Indigènes Pemón du fleuve Carrao affectés par des activités minières illégales dans le parc national Canaima, Bolívar. 9
15 Luttes des indigènes Pemón du Alto Paragua contre l’activité minière illégale sur leurs territoires, Bolívar. 9
16 Indigènes Yek’wana et Sanemá affectés par les mines d’or illégales dans leur territoire, Bolívar. 10
17 La fièvre du coltan menace les indigènes Guahibo, Piaroa et E’ñepa dans les États Bolívar et Amazonas. 12 et 16
18 Indigènes Yabarana, Hoti et E’ñepa affectés par l’activité minière illégale dans la municipalité de Maniapare, Amazonas. 15
19 Indigènes Yanomami du bassin du fleuve Ocamo affectés par l’activité minière illégale, Amazonas. 13
20 Indigènes Arawak du Sud affectés par l’activité minière illégale dans le bassin du fleuve Atabapo, Amazonas. 14

J’ai tracé, en fonction de la dynamique des conflits écologico- distributifs, une carte des zones du Venezuela (voir carte n°1 ci-dessous). J’ai délimité ces zones en tenant compte de ce que les territorialisations se produisent par interrelation de facteurs, tels les groupes de résistance, les bio-régions, le mode de peuplement, la fonction économique du lieu ; autrement dit, je n’ai pas simplement recouru aux frontières fédérales officielles. Ma carte comprend seize zones, et dans chacune d’elles j’ai choisi un ou des conflits représentatifs, sauf dans deux zones où aucun cas de conflit de ce genre n’a été répertorié, la question écologique y étant peu pertinente. Les « nouvelles frontières des matières premières de haute valeur » figurent en couleurs chaudes et incluent la région Guayana, la montagne de Perijá, à l’ouest de l’État frontalier de Zulia.

Carte n°1 : les zones de conflits socio-environnementaux au Venezuela

Carte n°1 : Les zones de conflits socio-environnementaux au Venezuela

Tous les cas de conflits ont été recensés suivant l’« Atlas de la justice environnementale » [3], avec de minimes modifications ou ajouts pour affiner l’information qualitative et tenir compte des conflits nés dans le cadre des économies souterraines. J’ai consulté diverses sources des déclarations des peuples indigènes, d’organisations sociales et environnementales, des interviews, des archives vidéo et des documentaires, des rapports et des plaintes en justice des communautés affectées, des enquêtes menées par des activistes, des documents officiels, la presse, des recherches universitaires et des interviews réalisées spécialement pour le présent travail.

De ces vingt conflits écologico-distributifs, les 60 % ont pour origine l’activité minière (charbon, nickel, fer, bauxite, et de nombreux cas d’extraction illégale d’or, de diamants et de coltan), il faut y insister s’agissant d’un système économique largement dominé par le pétrole et le gaz naturel ; deux cas sont en relation avec les infrastructures, un avec la gestion de l’eau et un autre avec celle des ordures.

Analysant ces conflits, on s’aperçoit qu’il existe des dynamiques différenciées, traversées non seulement par le modèle de développement du pétro-État, mais aussi par des tensions territoriales qui s’avivent en raison de la crise que vit le pays. Les « nouvelles frontières des matières premières de haute valeur » présentent des traits fort différents de ceux des zones côtières du Nord, urbanisées et dominées depuis des décades par le pétro-État.

La majorité des conflits socio-environnementaux (65 %) se trouve dans des zones rurales, 30 % dans des zones urbaines et 5 % dans des zones semi-urbaines. Au nord de l’Orénoque, les conflits sont liés à des projets et des activités économiques qui sont le fait d’institutions ou de compagnies nationales, ou encore d’entreprises dont l’État est l’actionnaire principal. Il s’agit par exemple des activités de PDVSA à l’est et à l’ouest du pays ; des mines Lomas de Níquel et Carbozulia, nationalisées respectivement en 2012 et 2013 ; ou de projets d’infrastructures conduits par le ministère des Transports et des Travaux publics. Le caractère fortement national des conflits est une spécificité du Venezuela, en comparaison avec d’autres pays latino-américains où des entreprises transnationales sont davantage impliquées.

À l’inverse, dans les territoires que je nomme « nouvelles frontières des matières premières de haute valeur », les conflits relèvent d’activités économiques souterraines, illégales et informelles, surtout d’activités minières. Seuls les conflits des mines de charbon dans la montagne de Perijá (indigènes des fleuves Yaza et Tukuko) et dans la région du fleuve Socuy (indigènes Wayúu) s’inscrivent dans le cadre d’un projet minier légal (Carbozulia). Pour le reste, au sud, dans les États de Bolívar et d’Amazonas, se développent de nombreux cas d’activités minières illégales, recensés dans mon tableau, qui repré- sentent 50 % des cas que j’ai examinés. Cette activité illégale s’est énormément accrue depuis une dizaine d’années. Une partie des impacts de l’extractivisme se joue donc hors du cadre des entreprises transnationales, des compagnies et des institutions nationales.

Carte n°2 : dynamiques territoriales différentielles des conflits environnementaux au Venezuela

Carte n°2 : dynamiques territoriales différentielles des conflits environnementaux au Venezuela

L’intensité des conflits est variable, dépend des dynamiques territoriales évoquées ci-dessus, des groupes humains mobilisés et des marchandises concernées. Huit des vingt cas sont de basse intensité ; l’un des conflits (celui d’El Callao) est latent ; la majorité des conflits de basse intensité est liée au pétrole et au gaz ; l’un des conflits pétroliers est d’intensité moyenne et est le fait des syndi- cats pétroliers du Complexe José Antonio Anzoátegui (raffinerie de pétrole lourd) [4].

Les luttes urbaines et paysannes sont fragiles, discontinues, fragmentées, revendiquant une distribution économique plus juste. Cela ne veut pas dire que les conflits en question n’aient pas connu des moments de plus haute intensité. Cela fut le cas dans les manifestations de rue pour la fermeture de la décharge de Cambalache dans la zone urbaine de l’État de Bolívar ou dans la fermeture des accès à la mine Lomas de Níquel par la population de Tiara, dans l’État d’Aragua, en 2010.

Les conflits de haute intensité, 30 % de ceux que j’ai examinés, se situent dans les « nouvelles frontières » et, dans tous ces conflits, des populations indigènes sont impliquées. Même si elles ne représentent que 3 % de la population totale, ces populations indigènes jouent un rôle fondamental dans les conflits de distribution écologique, car elles se battent pour leurs terres qui sont en général des zones naturelles protégées ; c’est le cas des Yabarana de Manapiare, dans l’État d’Amazonas, comme des Pemón du fleuve Carrao dans le parc national Canaima, dans l’État de Bolívar (deux conflits liés à l’extraction illégale de l’or), c’est aussi celui des Yukpa de la montagne de Perijá.

L’or est la matière première la plus conflictuelle, celle qui suscite le plus de conflits et les conflits les plus violents (67 % des conflits de haute intensité). Dans la moitié des cas que j’ai analysés, on observe une augmentation de la violence par rapport à la situation antérieure au conflit environnemental, et 90 % des conflits de haute intensité se situent dans les « nouvelles frontières » : c’est le cas pour les Arawak du sud dans le bassin du fleuve Atabapo dans l’État d’Amazonas, pour les Wayúu dans la péninsule de Guajira. Des luttes territoriales intenses autour de l’extraction illégale et autres activités illicites se développent donc au sud de l’Orénoque pour le contrôle des mines, la population indigène étant la plus affectée, au point de compter des morts dans ses rangs. Des bandes de criminels et des groupes armés illégaux apparaissent dans presque tous les cas et exercent un pouvoir et une influence notables dans ces territoires, usant d’une violence extrême, par exemple dans le cas d’El Callao et d’Alto Paragua, dans l’État de Bolívar. On peut aussi parler d’un processus de militarisation croissant dans 40 % du total des cas, tous dans les « nouvelles frontières ».

L’augmentation de ces groupes illégaux, leur pouvoir territorial renforcé durant ces dix dernières années, leur a conféré un rôle significatif dans les conflits de distribution écologique et une position stratégique prééminente dans les « nouvelles frontières ». Il faut souligner que presque tous les résistants indigènes signalent que des membres des Forces armées sont complices des activités minières illégales, mettent en place des autorités territoriales et tirant profit de cette économie parallèle, ce qui révèle la complexité des alliances entre le formel et l’informel.

Injustice environnementale : la face cachée de la « justice sociale » de la Révolution bolivarienne

L’idée de « justice sociale », liée depuis le XIXe siècle à la reconnaissance du droit des travailleurs et dont la forme contemporaine tient dans l’État-providence, dans une meilleure répartition économique et dans la participation citoyenne, a été l’un des grands mots d’ordre de la Révolution bolivarienne — et en général des progressismes latino-américains —, dès la naissance de la Constitution bolivarienne de 1999 et jusqu’à aujourd’hui. Cette idée a été centrale non seulement dans le discours gouvernemental, mais aussi dans un ensemble de politiques effectives qui, durant ces années, ont rendu possibles diverses avancées relatives à la répartition économique (baisse du taux de pauvreté, réduction des inégalités sociales), de la reconnaissance sociale (reconnaissance constitutionnelle du droit des peuples indigènes, du droit des femmes) et de la participation civique (création des conseils communaux et de nouveaux mécanismes électoraux). Néanmoins, dans les dynamiques de distribution écologique de la Révolution bolivarienne, on peut constater une profonde injustice environnementale, ce qui non seulement est en contradiction avec la revendication de justice sociale, mais encore en constitue la face obscure.

Pour les conflits que j’ai analysés, j’ai évalué si la lutte avait permis d’atteindre une justice environnementale totale, partielle, ou bien nulle ; si les requêtes des groupes affectés avaient été satisfaites ou non ; si un remède avait été apporté aux dégâts environnementaux. 75 % des luttes n’ont donné aucun résultat. Notamment il n’est tenu aucun compte des mobilisations pour la reconnaissance des terres ancestrales des peuples indigènes. On ne leur propose ni solution environnementale, ni soins de santé. On ignore leurs demandes de suspendre certains projets ou de les consulter avant d’en lancer d’autres qui pourraient porter atteinte à leurs droits ou à leur sécurité. Cette injustice environnementale est évidente dans tous les conflits liés à l’extraction minière illégale au sud de l’Orénoque, activité qui ne cesse de croître. Je pense, par exemple, à la situation dramatique du peuple Warao dans le delta de l’Orénoque et aux problèmes de santé qui l’affectent ; aux communautés avoisinant les installations pétrolières ou gazières situées sur des terres indigènes en proie à de graves dommages depuis des décades (dans la péninsule de Paraguaná), ou bien à des dommages récents (chez les indigènes Kariña de Tascabaña) ; aux projets officiels d’extraction minière (Lomas de Níquel) qui bouleversent la vie de la population de Tiara et détruisent le mode de vie du peuple Yupka dans la montagne de Perijá ; aux nouveaux projets d’urbanisation, comme le transfert des eaux du lac de Valencia et l’extension de l’autoroute de Valle Coche à Caracas, projets développés en dépit des critiques et des conséquences néfastes prévues par les groupes mobilisés.

25 % des conflits ont été partiellement résolus : des demandes ont été prises en compte, mais la justice environnementale n’a pas été rétablie. Par exemple la construction du port en eaux profondes à Araya, dans l’État de Sucre, à l’est du pays, a été reconsidérée. Mais en dépit des critiques et des oppositions, la préparation du terrain pour cette construction se poursuit ; en 2014, la décharge de Cambalache fut fermée, ce qui répondait à la demande des communautés affectées. Mais l’assainissement du lieu et les soins médicaux aux personnes touchées n’ont pas été assurés et le gouvernement régional organise d’autres décharges sauvages, ce qui produit de nouvelles tensions dans les communautés voisines ; en 2011 les indigènes Pemón du Alto Paragua, dans l’État de Bolívar, occupent une mine et fondent la communauté autonome de Muskupa, mais les revendications environnementales ne sont pas dans leurs priorités et ils pratiquent eux-mêmes l’extraction illégale avec mercure et motopompes.

L’« Atlas de la justice environnementale » propose une comparaison des conflits environnementaux et de leurs résultats en Argentine, Brésil, Colombie, Pérou et Venezuela. Trente cas concernent le Venezuela.

Tableau n°2 Résultats comparés des conflits écologiques
Justice environnementale dans les résultats des conflits socio-environnementaux Amérique du sud et monde – octobre 2016)
Pays Succès Réussite partielle Échec Total des cas
Argentine 13 (32,5 %) 9 (22,5 %) 18 (45 %) 40
Brésil 11 (15,9 %) 7 (10,1 %) 51 (74 %) 69
Colombie 12 (9,8 %) 45 (36,9 %) 65 (53,3 %) 122
Pérou 15 (21,4 %) 21 (30 %) 34 (48,6 %) 70
Monde 326 (17,4 %) 619 (33 %) 929 (49,6 %) 1874
Venezuela 1 (3,3 %) 6 (20 %) 23 (76,7 %) 30
Sources : EJAtlas database (http:// ejatlas.org)

On le voit, le taux d’« échecs » de ces pays latino-américains est semblable à la moyenne mondiale, hormis pour le Brésil et le Venezuela qui la dépassent largement. Quant au taux de « succès », l’Argentine est au-dessus de la moyenne, la Colombie et le Venezuela au-dessous. Ces chiffres, certes, ne rendent pas compte des différents dispositifs de régulation et de domination qui sont utilisés dans les différents pays pour répondre aux mobilisations en faveur de la justice environnementale, ni n’expliquent les rapports de force et les tissus sociaux qui se jouent dans les conflits environnementaux. Il faudrait préciser dans cette perspective, par exemple, que l’État colombien affronte les problèmes environnementaux principalement à travers la violence, alors que le pétro-État vénézuélien, historiquement, tend à les digérer ou à les rendre tolérables à travers un éventail de redistribution des revenus pétroliers. De cette façon, le pétro-État affronte les inégalités croissantes de la distribution écologique en tentant de les compenser par une socialisation stratégique, tout en promouvant attentes et imaginaires d’intégration et de progrès. Ainsi il essaie de rendre invisible le conflit socio-environnemental dans ses zones d’influence ou d’en postposer au maximum la résolution. Ces zones, celles du nord de l’Orénoque, peuvent être considérées comme pacifiées, à la différence de ce qui se passe au sud, dans les « nouvelles frontières des matières premières de haute valeur », où les conflits sont « chauds », où des luttes intenses ne cessent de se multiplier.

Pendant la Révolution bolivarienne, la distribution économique s’est socialisée comme jamais auparavant dans l’histoire du Venezuela et la situation des classes défavorisées s’est donc considérablement améliorée - ces avancées ont commencé à s’inverser à partir de 2013. Mais, même dans la période la plus positive, les structures d’inégalités écologiques n’ont fait que s’approfondir, impliquant des dispositifs coloniaux sur les terres indigènes et leurs habitants, imposant ou maintenant des « zones sacrifiées » sans aucun type de consultation préalable, le pétro-État insistant dans ses tendances à la dégradation environnementale et à la marginalisation sociale subséquente, propres au modèle de l’extractivisme et de son expansion continue.

Cela est évident au moins à deux niveaux. D’une part, tous les projets dommageables et conflictuels d’un point de vue écologique qui existaient avant la Révolution bolivarienne, se sont poursuivis ou renforcés sous Chávez. On peut noter entre autres l’expansion de l’activité d’extraction de charbon au nord de l’État de Zulia, l’engorgement de la décharge de Cambalache, l’aggravation de la contamination au mercure due aux mines illégales dans les États de Bolívar et d’Amazonas. À ces conflits anciens s’en ajoutent de nouveaux, en sorte qu’il est manifeste que la Révolution bolivarienne n’a rien fait pour remédier aux problèmes de distribution écologique. D’autre part, les mécanismes d’assimilation utilisés en réponse aux conflits environnementaux font partie du même système politique : expansion de la suprématie de l’industrie pétrolière dans les territoires où elle est déjà installée (comme dans la péninsule de Paraguaná) ; construction d’infrastructures à caractère social dans des municipalités écologiquement impactées (comme dans les communautés Kariña de Tascabaña) ; assistance quant à l’alimentation et à la santé, non liée directement aux dommages environnementaux ; organisation des communautés indigènes en affiliation étatique (comme c’est le cas pour une partie des indigènes Yukpa) ; et promotion d’un récit idéologique « écosocialiste » de la part du gouvernement national.

Les luttes socio-environnementales sont importantes précisément parce qu’elles résistent à ce récit et interpellent les slogans de la « justice sociale » à partir de la matérialité des territoires et de la défense de la biodiversité.

Crise du modèle de la rente pétrolière et intensification des conflits environnementaux

La situation d’injustice environnementale durant la Révolution bolivarienne n’est pas seulement la conséquence du pétro-État et des politiques d’assimilation et de neutralisation que je viens d’évoquer. Il faut également l’analyser à la lumière de facteurs à court terme, liés à la crise hors du commun que traverse le Venezuela aujourd’hui et qui affecte tous les domaines de la vie, ainsi qu’à une multiplicité d’acteurs nationaux et internationaux qui se disputent territoires et ressources stratégiques.

Cette crise peut être interprétée comme l’épuisement du capitalisme de rente, dû à de graves problèmes dans l’accumulation du capital, à des changements dans la composition du pétrole vénézuélien (surtout lourd et extra-lourd) et à de sérieux déséquilibres économiques qui vont s’aggravant depuis les années 1970. Les actuelles difficultés du pétro-État à s’emparer de la rente pétrolière et à la distribuer de manière relativement équilibrée compromettent la politique d’assimilation jusqu’ici mise en œuvre pour éviter et éluder les conflits écologiques. La crise se répercute aussi dans les organismes de protection de l’environnement, déjà par eux-mêmes peu efficaces, et génère des pressions intenses pour l’allègement des règles de protection de la nature.

Par ailleurs, les difficultés d’accès aux aliments, la hausse des prix des produits, la réduction des politiques sociales, le rétrécissement du marché de l’emploi, l’intensification de la crise énergétique, stimulent le développement massif de mécanismes d’appropriation informelle d’argent, de biens de consommation et même de matières premières comme l’or, le coltan ou les diamants — comme c’est le cas dans les « nouvelles frontières ». Des gangs ou groupes mafieux non seulement se disputent, administrent et contrôlent des mines illégales dans ces zones, mais produisent également de nouvelles territorialisations, au sens d’exercer le pouvoir sur des territoires, d’être à l’origine de considérables transformations de la nature — c’est manifeste dans le bassin de cours d’eau comme le Cuyuní, le Caura ou le Ventuari, ou dans des parcs naturels comme le parc national Canaima —, créant des économies locales et imprégnant ainsi le tissu social. Outre la violence qui les caractérise, ces acteurs illégaux conçoivent leurs propres mécanismes d’assimilation des destructions environnementales, en intégrant la population locale à l’extraction minière illicite, y compris une partie des populations indigènes, ce qui a sur celles-ci un terrible impact culturel. Ainsi s’est constitué, en particulier dans les États Bolívar et Amazonas, un éco-régime parallèle, hors État, qui compromet plus encore la justice écologique.

L’augmentation de ces phénomènes dans les « nouvelles frontières » est énorme, en extension mais aussi en intensité. D’après le ministre du Pétrole Eulogio del Pino Eulogio Del Pino Eulogio Del Pino a été ministre du Pétrole et des Mines et président de PDVSA sous le gouvernement de Nicolas Maduro. Il a été arrêté le 30 novembre 2017 pour son implication dans un contrat de refinancement de dette de CITGO, la filiale de PDVSA aux Etats-Unis.


Source : poderopedia.org
(2016), de dix à quinze tonnes d’or sont extraites chaque année de façon illégale. Le maximum de la production légale d’or depuis 1998 avait atteint 12,23 tonnes en 2009. Étant donné la chute de la production légale (en 2014, elle s’élevait à 1,09 tonnes), on estime aujourd’hui qu’environ 90 % de la production est illégale.

On pourrait étudier la notoire expansion de phénomènes semblables au Pérou, en Colombie, au Brésil, en Équateur et en Bolivie ; l’activité minière illégale est donc répandue dans toute l’Amazonie, même si ses modalités et son intensité diffèrent selon les pays.

Cependant, ces processus illégaux, au Venezuela, ne doivent pas seulement être analysés comme l’émergence d’un pouvoir extérieur à l’hégémonie du pétro-État. En effet, dans presque tous les conflits relatifs aux « nouvelles frontières », se sont produites des collusions, coopérations et articulations des sphères de la légalité (principalement des militaires) et des activités clandestines. Entre les deux, les limites sont poreuses.

Vers de nouvelles luttes socio-environnementales au Venezuela ?

L’actuelle situation de crise du Venezuela a aussi été scandée de longues périodes de sécheresse, de problèmes récurrents de production et de distribution d’énergie ; le pays connaît l’une des pires « empreintes écologiques » d’Amérique latine, dépassant la « biocapacité » nationale, si bien qu’il est en « déficit écologique ». Les luttes intenses pour le contrôle et l’administration des territoires, dans le cadre de la quête géopolitique de ressources naturelles, impliquent de lourds défis écologiques dans les « nouvelles frontières », où semblent s’installer dans certaines zones minières des sortes de guerres de basse intensité : le gouvernement national met en place dans plusieurs de ces territoires des politiques de militarisation et des décrets d’état d’exception.

Dans ces conditions, les combats pour la protection de l’environnement vont très probablement revêtir de plus en plus d’importance. Le rôle des peuples indigènes est fondamental à cet égard. La recrudescence de pratiques de pénétration et de colonisation de leurs territoires a mené certains d’entre eux à intensifier la résistance. La défense du territoire est la principale revendication qui surgit dans ces conflits, chez des peuples tels les Wayúu et les Yukpa (montagne de Perijá), Yek’wana et Sanemá (bassin du Caura), les Yanomami (municipalité Alto Orinoco, État d’Amazonas), les Pemón (Alto Paragua), les Yabarana (Manapiare, État d’Amazonas). Plusieurs de ces peuples ont déclaré que, face aux graves menaces qui pèsent sur leur existence, ils mèneraient leur combat jusqu’au bout.

Dans ces luttes, diverses méthodes d’action directe ont été uti- lisées, comme retenir en captivité des militaires (chez les Pemón en 2011), occuper des terres (chez les Yukpa), intervenir dans des zones minières (chez les Yanomami et les Yabarana), bloquer des aéroports (les Pemón encore), créer des communautés autonomes. Face à de nouveaux problèmes, de nouvelles tactiques de lutte pourraient se développer dans le futur.

Les difficultés croissantes de la vie dans les grandes métropoles, où est en cause la distribution économique autant qu’écologique, ouvrent aussi des potentialités de réévaluation socio-écologique, l’intégration de diverses organisations sociales aux luttes pour l’environnement. Cela a été manifeste dans les mobilisations qui se sont produites contre le projet de l’Arc minier de l’Orénoque Arc minier de l’Orénoque
Arco Minero del Orinoco
AMO
L’Arc minier de l’Orénoque, ce sont 111 843 km2 déclarés comme « zone de développement stratégique nationale » par le gouvernement Maduro en février 2016. Cette zone représente 12% du territoire vénézuélien et est plus grande que le Portugal. L’objectif du gouvernement est d’y développer l’exploitation minière - déjà existante - de manière industrielle en attirant les capitaux étrangers afin d’avoir une autre source de revenus face à l’effondrement de sa production pétrolière. Ce projet est notamment dénoncé pour mettre en danger la biodiversité, les principales sources d’eau douce du Venezuela et même la survie de plusieurs ethnies indigènes.
, qui implique une intense colonisation des « nouvelles frontières » par l’extraction d’or, de diamants, de bauxite, de fer et de coltan, en association avec de multiples entreprises internationales, et qui accroît l’activité minière dans des proportions jusqu’ici inédites.

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Emiliano Terán Mantovani

Emiliano Terán Mantovani

Vénézuélien. Sociologue et chercheur en sciences sociales. Associé au Centro de Estudios para el Desarrollo (CENDES) de l'Université centrale du Venezuela (UCV), à la Fondation Rosa Luxemburg et au CLACSO. Membre de l'Observatoire d'écologie politique du Venezuela. Auteur du livre « El fantasma de la Gran Venezuela » (Fundación Celarg, 2014).

[1Ce terme est utilisé en écologie politique américaine, il désigne des zones géographiques qui subissent en permanence des dégâts environnementaux, causés par des corporations ou des États qui font porter la charge de ces dommages écologiques à des secteurs de la population économiquement marginalisés ou racialement discriminés.

[2Pour reprendre une expression de Jason W. Moore. Voir « Sugar and the Expansion of the Early Modern World-Economy », Review (Fernand Braudel Center), vol. 23, no 3, New York, 2000, pp. 409-433.

[3Environmental Justice Atlas -EJAtlas : http://ejatlas.org/&nbsp ; ; Temper et al, 2015

[4Selon l’« Atlas de la justice environnementale », un conflit est dit de basse intensité s’il engendre quelque organisation locale, mais peu ou pas de mobilisation contre le dommage environnemental visible et les agents qui le produisent ; de moyenne intensité s’il y a des mobilisations de rues et des revendications adressées aux responsables ; de haute intensité quand il y a confrontation violente ; latent si, quoique les mobilisations n’existent pas, leurs conditions sont données.

[5Ce terme est utilisé en écologie politique américaine, il désigne des zones géographiques qui subissent en permanence des dégâts environnementaux, causés par des corporations ou des États qui font porter la charge de ces dommages écologiques à des secteurs de la population économiquement marginalisés ou racialement discriminés.

[6Pour reprendre une expression de Jason W. Moore. Voir « Sugar and the Expansion of the Early Modern World-Economy », Review (Fernand Braudel Center), vol. 23, no 3, New York, 2000, pp. 409-433.

[7Environmental Justice Atlas -EJAtlas : http://ejatlas.org/&nbsp ; ; Temper et al, 2015

[8Selon l’« Atlas de la justice environnementale », un conflit est dit de basse intensité s’il engendre quelque organisation locale, mais peu ou pas de mobilisation contre le dommage environnemental visible et les agents qui le produisent ; de moyenne intensité s’il y a des mobilisations de rues et des revendications adressées aux responsables ; de haute intensité quand il y a confrontation violente ; latent si, quoique les mobilisations n’existent pas, leurs conditions sont données.

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  • Juliette Simont, pour Les Temps modernes

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