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11 ONG dénoncent

Sept clés pour comprendre l’urgence humanitaire que traverse le Venezuela

Il ne s’agit déjà plus d’une crise humanitaire, avertissent les ONG vénézuéliennes qui défendent le droit à la santé. Le Venezuela traverse une « situation d’urgence complexe » dans le secteur de la santé. C’est ce que dénoncent 11 ONG dans un rapport divulgué le 11 octobre et qui reprend des chiffres de l’exode des médecins, le manque de traitements, l’absence de politiques publiques et les conditions précaires dans lesquelles tentent de fonctionner les hôpitaux publics.

Julett Pineda Sleinan

5 novembre 2018

Le terme de « situation d’urgence humanitaire complexe » pour expliquer la situation est nouveau. Ses conséquences sont toutefois familières à tous les Vénézuéliens depuis l’aggravation de la crise sanitaire.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, sigles en anglais) définit une « situation d’urgence complexe » comme une crise humanitaire grave, qui est le résultat d’une combinaison d’instabilité politique, de conflits et de violence, d’inégalités sociales et d’une pauvreté sous-jacente.

Les ONG comme Acción solidaria et Prepara Familia signalent dans le rapport que ce type d’urgence est de caractère politique et a un impact sur la stabilité civile et économique de la société.

1. Peu d’investissements dans la santé

Un des points principaux soulevé par le rapport est le faible investissement public alloué à la santé : 1,5% du Produit intérieur brut PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
(PIB), loin des 6% recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Le Venezuela est le seul pays qui dépense moins qu’en 1995, une année où ses investissements représentaient 1,8% du PIB », dénoncent les ONG dans le rapport.

Ce manque de moyens était déjà une réalité ces dernières années et est à l’origine d’une pénurie sévère de traitements médicaux. Entre 2012 et 2016, les devises consacrées aux importations du secteur de la santé ont diminué de 70%. Le gouvernement « n’a pas anticipé et mis en œuvre un plan de contingence » pour amoindrir l’impact de ces mesures sur les patients.

2. Rebond des épidémies

Les maladies évitables ravagent la population. Le rapport signale que jusqu’en 2018, le Venezuela comptait 9 362 cas de diphtérie et de rougeole, dont 230 personnes qui en sont mortes. Malgré les tentatives du gouvernement de freiner la dissémination de ces infections, ces deux épidémies ont touché tous les états du pays.

Une autre épidémie qui continue à se développer est la malaria. Plus de 400 000 cas ont été enregistrés au cours de l’année 2017. Pour la fin 2018, on estime les nouveaux cas à 700 000 et les décès dus à cette maladie transmise par le moustique anophèle à 1 500.

3. Manque de médicaments

Le manque de traitements affecte aussi tous les patients, peu importent leur état de santé ou leur maladie. Le rapport fait ainsi état que 140 000 personnes atteintes d’un cancer et plus de 300 000 souffrant de problèmes cardiaques ont vu leur espérance de vie diminuer à cause de l’absence de diagnostic, de chirurgie et de médicaments.

Les ONG précisent que depuis 2016 environ 300 000 personnes souffrant de maladies chroniques, comme celle de Parkinson ou l’hémophilie, ont été privées de traitement.

Le nombre de personnes soignées dans des structures psychiatriques publiques a baissé de 23 000 à seulement 3 500. On évalue à 2 500 le nombre de patients souffrant d’une insuffisance rénale sur un total de 15 000 qui sont décédées à cause des difficultés d’accès à un traitement de dialyse.

4. Sans intrants ni équipement

Les chiffres de la crise hospitalière sont dans le rouge. Non seulement 71% des services d’urgence ne peuvent offrir un service normal, mais 22% de ces services ne sont plus opérationnels. En outre, 53% des blocs opératoires du réseau public sont fermés.

A cela il faut ajouter un déficit sévère de lits qui atteint 64%. Un peu moins de la moitié des lits sont hors-service à cause de la détérioration, des pannes, le manque de budget et l’absence de personnel médical.

La pénurie de médicaments en pharmacie est de 85% et elle monte à 88% dans certains hôpitaux. La conséquence est une réduction de la consommation de médicaments par habitant estimée à 93% entre 2014 et 2018.

5. Conditions hospitalières précaires

L’effondrement des services publics est un autre problème souligné dans le rapport sur l’« urgence complexe ». Les réseaux public et privés sont non seulement affectés par les coupures d’eau mais aussi par celles d’électricité qui se sont multipliéess au cours des deux dernières années, un véritable casse-tête pour les cliniques et hôpitaux du pays.

Selon l’enquête nationale sur les hôpitaux divulguée début 2018, environ 33% des centres de santé publics ne disposent pas de générateurs pour pallier à un black-out.

6. Fuite des médecins, infirmières et techniciens

La Fédération médicale vénézuélienne (FMV) estime qu’entre 2012 et 2017 seulement, environ 22 000 praticiens de la médecine ont abandonné le pays. Le chiffre inclue les spécialistes et les généralistes qui, dans leur majorité, exerçaient dans le domaine de la pédiatrie, de la médecine générale, des urgences et de la chirurgie. Cela représente une perte d’au moins 55% du personnel médical. A ces départs il faut ajouter celui de 6 600 biologistes et de 6 030 infirmières.

7. Laboratoires et matériels au niveau zéro

Le rapport signale aussi que la quasi totalité des laboratoires nationaux présentent des défaillances graves pour établir des preuves diagnostiques ; alors que 69% des banques de sang ne peuvent garantir des transfusions en toute sécurité à cause du manque de réactifs chimiques.

Il n’y a pas que la sérologie qui fait défaut aux laboratoires. Mettre la main sur le reste du matériel comme des pièces de rechange pour les équipements, des éprouvettes, des seringues, des gants ou des collecteurs d’échantillons est aussi devenu impossible. Par conséquent, 38% des laboratoires ont fermés pour des raisons techniques au cours de la première moitié de 2018.

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Julett Pineda Sleinan

Julett Pineda Sleinan

Journaliste vénézuélienne, Efecto Cocuyo

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Traduction
  • Frédéric Lévêque, Barril.info

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