×

Chavisme et pénurie alimentaire

Venezuela : la faim et le politique

Paula Vásquez Lezama

16 juillet 2018

Entre 2004 et 2009, l’agriculteur vénézuélien Franklin Brito a mené six grèves de la faim, s’est automutilé en se coupant la phalange du petit doigt de la main gauche devant les caméras de télévision et en se cousant la bouche. Il protestait ainsi contre la confiscation arbitraire et violente de ses terres par un groupe de personnes qui auraient été envoyées par le maire, des invasores (envahisseurs). Il est finalement mort en août 2010, lors d’une dernière grève de la faim, après quatre vingt-dix jours de jeûne, dans un entrepôt de l’hôpital militaire Carlos Arvelo à Caracas, où il était confiné de force, sous surveillance policière et sans bénéficier d’un droit de visite. La propriété agricole de Brito, la ferme Iguaraya, s’étendait sur 290 hectares et le conflit avec les autorités de sa municipalité remonte à l’année 2004. Cette ferme était pour Brito la réussite d’un projet de vie forgé durant sa jeunesse autour de l’agriculture durable, fondé sur le respect de l’environnement et des espèces locales. Après avoir commencé à étudier la biologie à l’Université centrale du Venezuela, il avait décidé de quitter Caracas pour partir à la campagne avec sa famille. Sans avoir fini ses études, il s’était installé comme petit producteur sur la commune de Guarataro dans l’État de Bolívar, au sud du pays. C’était en 2000 et il avait bénéficié des premières mesures de répartition de terres mises en œuvre au début du gouvernement d’Hugo Chávez. Sa maison était située dans le périmètre de la propriété agricole. Lui et sa famille subvenaient à leurs besoins grâce au salaire de sa femme, institutrice à l’école du village et à son propre salaire de professeur au lycée. La production agricole de fruits et légumes de leur propriété augmentait de manière significative, toute la famille s’investissant dans cette activité, et Iguaraya avait une belle récolte de fruits et légumes lorsque les squatteurs la détruisirent avec des troupeaux de bétail et y installèrent des barbelés avec, très vraisemblablement, le consentement des autorités municipales.

Un paysan vénézuélien  // Source : Vtactual.com  //

Familier de l’agronomie et réticent à l’utilisation des pesticides, Brito avait démontré, dans un rapport, que l’usage des pesticides n’était pas nécessaire pour contrôler les champignons qui attaquent une variété particulière d’igname. De manière complètement inattendue, son rapport non seulement fut pris au sérieux par l’organisme qui finançait le projet présenté par la mairie, la Corporación Venezolana de Guayana (CVG), mais priva aussi le maire d’importantes subventions de la CVG. Telle fut la raison des représailles engagées par ce dernier contre Brito. D’abord lui et sa femme Helena furent licenciés des établissements où ils enseignaient. Ensuite, le maire aurait autorisé l’occupation de sa propriété par des agriculteurs qui attendaient les terres promises par la réforme agraire engagée par la révolution. La mairie valida leur installation en leur octroyant des cartas agrarias (littéralement « lettres agraires » de l’Institut national des terres (INTI), c’est-à-dire des titres provisoires qui leur autorisaient d’exploiter la zone [1]. Les personnes qui occupèrent ces terres s’installèrent sur la piste qui donnait accès à la route principale. Brito n’avait donc plus accès à sa maison et à ses cultures. Ces squatteurs auraient bénéficié d’un soutien institutionnel et matériel important - ils étaient armés - qui leur permit d’installer très rapidement de solides barbelés et de creuser des tranchées dans le chemin conduisant à la route principale. Isolé par ces squatteurs violents, Brito perdit le fruit de son travail et ses biens matériels.

Le fondement juridique du dispositif des « lettres agraires », qualifié par le gouvernement lui-même de « provisoire », est un décret-loi promulgué par le Président Hugo Chávez au début de l’année 2001, selon lequel les « familles paysannes » sont autorisées à occuper les terres dont l’État est propriétaire et qui sont administrées par l’Institut national des terres. Mais les terres en question avaient déjà été attribuées à Brito et elles n’étaient pas en jachère. Il fut en fait victime des représailles de puissantes autorités municipales liées au parti politique au pouvoir, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV PSUV
Parti socialiste unifié du Venezuela
Le Parti socialiste unifié du Venezuela est le parti politique fondé en 2006 par Hugo Chavez pour remplacer le Mouvement Cinquième République.
), dont il mettait en danger les intérêts. Dans ce conflit personnel, le maire qui s’estimait « lésé » se serait paradoxalement servi, pour anéantir Brito, sa famille et ses cultures, des instruments révolutionnaires censés favoriser la justice sociale.

Face à l’évidente complicité de la municipalité avec les occupants et son impuissance à faire valoir ses droits, Brito décida de partir à Caracas pour porter plainte. Il commença une sorte de « pèlerinage » entre les différentes institutions publiques de la capitale, souvent accompagné de sa femme et de ses quatre enfants. Cette situation dura des années. Pour ses premières grèves de la faim, il s’installait le plus souvent sur la place Miranda, au centre-ville de Caracas. C’est pour la dernière qu’il s’installa dans les beaux quartiers de l’est de la ville, aux portes du siège de l’Organisation des États américains (OEA Organisation des Etats américains
OEA
L’Organisation des Etats américains (OEA) a été créée le 30 avril 1948 par la charte de Bogotá. Ses buts : parvenir à un « ordre de paix et de justice, maintenir la solidarité entre ses membres, renforcer leur collaboration et défendre leur souveraineté, leur intégrité territoriale et leur indépendance  »...
). Ce changement de lieu s’explique par l’insécurité et la violence régnant à Caracas, l’une des villes les plus meurtrières au monde.

Franklin Brito, en grève de la faim

Lors de l’automutilation publique de son petit doigt, le 10 novembre 2005, Brito réussit à attirer l’attention du Président Chávez qui décida de lui restituer ses terres dans son allocution hebdomadaire de radio et télévision « Alo Presidente [2] ». Il chargea Jesse Chacón - ministre de l’Intérieur à l’époque [3] - de s’en occuper. Une commission gouvernementale se déplaça dans l’État de Bolívar par mandat du Président pour accompagner Brito et résoudre le problème sur place. Mais une fois sur les lieux, le gréviste entra en désaccord avec la procédure de la commission. Celle-ci n’avait pas l’intention de révoquer les « lettres agraires » délivrées aux occupants de manière illégale mais de négocier avec eux. Or, Brito ne voulait pas uniquement que les barbelés soient enlevés, il exigeait une procédure juridique qui révoque la validité de ces titres provisoires octroyés de manière arbitraire. Il voulait par ailleurs qu’on l’indemnisât pour tous les dommages causés à ses cultures, abandonnées depuis plus d’un an [4].

J’ai commencé par le récit du destin de Brito cette réflexion sur les causes et les effets de l’extrême pénurie alimentaire qui affecte le Venezuela depuis 2015, parce que, selon moi, cet homme non seulement incarne — littéralement dans sa chair — l’effondrement du modèle de production et de distribution alimentaire de la Révolution bolivarienne, mais également l’annonce. Ce cas liminaire et extrême, situé dans une sorte de zone grise, invisible et inaudible, dessine les contours d’une crise profonde et sans précédent de la production et de l’accès à l’alimentation, dans des dimensions multiples : la production agricole, les modes de consommation, les réseaux de distribution commerciaux, les habitudes alimentaires et même la relation entre la nature et la culture dans la société vénézuélienne et le modèle sociopolitique chaviste.

Sept ans après la mort du fermier Franklin Brito dans sa cellule de confinement à l’hôpital militaire de Caracas, le Venezuela se trouve dans une situation de quasi-famine - on estime que les Vénézuéliens ont perdu huit kilos en moyenne lors des deux dernières années [5] -, de grave pénurie alimentaire, d’improductivité agricole et de dépendance totale par rapport aux importations alimentaires. Parler de cette situation publiquement est formellement interdit par les autorités vénézuéliennes qui démentent fermement, à ce sujet, les faits les plus indéniables. C’est cette posture de déni qu’a adoptée Delcy Eloina Rodriguez dans son allocution inaugurale, après sa nomination comme présidente de l’Assemblée constituante, le 4 août 2017 : elle a répété plusieurs fois qu’« au Venezuela, il n’y a pas de famine, pas de crise humanitaire. Il n’y a que de l’amour [6] ». La vérité est que la population la plus vulnérable - les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées - souffre brutalement, dans le silence et l’invisiblité, du manque de nourriture et de l’incapacité, en raison de l’hyper-inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. , d’en acheter si cela devenait possible. Ce manque cruel de denrées concerne principalement les protéines et les aliments riches en vitamines et fibres (fruits et légumes).

SUNDDE, l'organisme gouvernemental chargé - en vain - de contrôler le respect des prix dictés par le gouvernement  // Source : noticiasbarquisimeto.com  //

Je ferai d’abord, ici, une description des politiques gouvernementales et des mécanismes conçus et mis en œuvre par les gouvernements successifs d’Hugo Chávez concernant la production agricole, les importations et la distribution alimentaire. J’esquisserai ensuite une description sur le fondement idéologique et la conception sous-jacente de ces politiques, qui avaient en principe pour objectif la « quête de la sécurité alimentaire et la souveraineté [7] ». Puis je m’attarderai sur les déviations, mécanismes de corruption, conflits d’intérêts qui ont engendré l’échec de ces politiques agro-alimentaires. Et je montrerai enfin, à partir d’exemples tirés d’un travail ethnographique réalisé dans l’État de Miranda, dans la banlieue de Caracas (Guatire et Gavilán), la dynamique informelle de la distribution alimentaire dans toute sa nudité : on verra donc comment le fonctionnement de ces mécanismes rappelle le contrôle politique par le ventre.

Pour conclure, je reviendrai sur certains éléments de l’affaire Brito, pour élucider les mécanismes de l’injustice alimentaire qui ont conduit à la situation dramatique que connaît le Venezuela en 2017.

Le projet de la « souveraineté alimentaire » : avatars et détournements

Le traitement médiatique donné à la rareté des produits de consommation de base, qui sévit au Venezuela depuis le début de la décennie de 2010, était presque anecdotique avant 2016. « La crise du papier toilette » était sans doute le premier signe d’alarme des médias français concernant la pénurie qui touche le Venezuela [8]. Cela a été traité comme un problème conjoncturel, et même comme une curiosité, presque comme quelque chose de comique. Mais ce n’était que la pointe émergée de l’iceberg. Rarement ces reportages ont fait référence à l’origine même de la pénurie de nombreux produits, en l’occurrence aux mécanismes et aux dispositifs politico-institutionnels régissant l’importation de denrées, de marchandises ou des éléments nécessaires pour leur fabrication dans le pays. Il s’agit de mécanismes d’importation très opaques, conçus avec une grande expertise afin de générer un maximum de bénéfices pour certaines organisations étatiques et paraétatiques.

Mercal, le réseau public de distribution d'aliments à prix régulés  // Source : notitotal.com  //

Les politiques relatives à l’approvisionnement de produits alimentaires de base, mises en œuvre entre 1999 et 2013, avaient originellement pour objectif de faciliter l’accès à la nourriture des plus défavorisés. La mise en place des « Missions » avait bien prévu la distribution de produits alimentaires à bas prix, la création d’un réseau de supermarchés de l’État, les Mercal MERCAL La misión MERCAL, est un programme du gouvernement vénézuélien lancé en 2003. Il s’agit en fait d’un réseau de distribution de nourriture à travers tout le pays. Les aliments de base qui y sont vendus le sont à des prix subventionnés, inférieurs à ceux du marché. , qui vendaient de la nourriture à un tarif subsidié. Entre 2003 et 2005, le réseau des supermarchés Mercal a connu une croissance vertigineuse, jusqu’à compter environ 13 806 points de vente dans tout le territoire national [9].

Hugo Chávez a également développé une politique draconienne de contrôle de prix - l’écart entre les prix « régulés » et les prix « libres » se creuse et explique, en grande partie, les gigantesques files d’attente qu’on voit devant les magasins lorsque des articles « à prix régulé » deviennent disponibles à la vente. Cependant, au lieu de faciliter l’accès aux aliments et aux produits basiques, ces mesures ont fini par fortement le réduire, surtout dans les milieux populaires. Pendant les dernières années de la vie de Chávez, les pénuries sont devenues courantes mais encore très ponctuelles. L’apparition d’un produit dans les étagères cachait la disparition d’un autre et ainsi de suite. La spéculation sur les prix des produits, la conservation des stocks par les commerçants dans l’attente de prix plus élevés apparurent, certes, mais la cause du phénomène était beaucoup plus profonde. Avec Nicolás Maduro, le manque de nourriture devient chronique et d’une certaine manière normalisé, ce qui entraîne des changements d’habitudes alimentaires, comme le passage de trois repas par jour à deux, voire un, comme j’ai pu le constater pendant l’été 2017 à Guatire, à l’est de Caracas (j’y reviens ci-dessous).

Lors de sa mise en place, le réseau des supermarchés Mercal a été vu, vécu et analysé comme une bonne chose.

Lors de sa mise en place, le réseau des supermarchés Mercal a été vu, vécu et analysé comme une bonne chose. Au début des années 2000 et jusqu’à 2007, les supermarchés Mercal ont eu beaucoup de succès. Avec plus de 16 000 magasins en 2007 et des produits aux prix largement inférieurs à ceux des supermarchés privés (ils sont entre 27 % et 39 % moins chers), ils garantissaient un accès relatif à la nourriture - relatif car les protéines, comme le lait, les sardines ainsi que les fruits et les légumes étaient plus rares ; étaient plus disponibles des produits comme l’huile, la farine de maïs, les légumes secs et le riz. L’accès aux viandes et aux protéines a toujours été limité et difficile, même dans les Mercal. J’ai pu observer l’énorme affluence dans ces supermarchés lorsque coïncidait un « jour de quinzaine » - les salariés vénézuéliens sont payés les 15 et les 30 du mois - avec l’arrivée de poulets, par exemple.

  // Source : venezuelaaldia.com  //

Mercal est un réseau très étendu : sa conception même impliquait à grande échelle la distribution de toutes sortes de denrées alimentaires subventionnées. Or, l’infrastructure de ces établissements semblait précaire, voire provisoire sans capacité de stockage ni réfrigération : les clients font la queue dès que l’information de l’arrivage des denrées se répand dans les quartiers. Les institutions étatiques interviennent activement dans toute la chaîne de production et de distribution, et les vendeurs sont des fonctionnaires employés avec des contrats temporaires, de courte durée. Rien n’est stable ni conçu pour durer dans ces locaux. Ils peuvent d’ailleurs fermer du jour au lendemain.

Cette distribution alimentaire sur le mode de l’urgence comporte deux dimensions : d’une part, elle a répondu à une conjoncture politique très particulière où il fallait à tout prix affronter un mécontentement croissant ; d’autre part, elle manifeste une façon très militariste de répondre aux problèmes sociaux [10]. C’est après le coup d’État manqué contre Chávez en avril 2002, après la grève nationale et la grève de l’industrie pétrolière en 2003, que le gouvernement a saisi l’importance de la distribution de produits alimentaires et a commencé à créer des magasins dans toutes les municipalités du pays pour acheminer de la nourriture aux plus démunis. L’enthousiasme pour le projet révolutionnaire avait baissé et il fallait répondre aux besoins de la population qui avait cru dans le Président et menaçait de se désaffecter. Puis, en 2003, commence le « miracle » : le prix du baril du pétrole a augmenté. Chávez a profité de l’opportunité et a utilisé la manne pour redistribuer une partie significative de cette richesse à la majorité pauvre, par le biais de transferts et de programmes sociaux. Le contrôle de la compagnie nationale du pétrole, Petróleos de Venezuela PDVSA
Petróleos de Venezuela
Petróleos de Venezuela SA est la compagnie nationale publique de pétrole du Venezuela.
(PDVSA), qu’il avait obtenu après la grève de 2003, a été crucial. Il lui a permis d’accroître considérablement ses dépenses en dehors du budget ordinaire, sans aucune négociation politique. Grâce à cette marge de manœuvre sans contre-pouvoir, sa popularité a grimpé de manière exponentielle en un an et il a remporté de façon décisive le Référendum révocatoire Référendum révocatoire La Constitution de 1999 (art. 72 CRBV) a introduit le mécanisme de référendum révocatoire. Selon une procédure précise, les citoyens peuvent convoquer un référendum révocatoire contre tout élu arrivé à la moitié de son mandat . Un tel référendum a eu lieu contre le Président Chavez en 2004. Il l’a emporté. Celui que voulait organisé l’opposition en 2016 a été annulé pour de supposées fraudes lors de la phase de collecte de signatures. d’août 2004.

Il a ensuite été réélu en 2006. En revanche, lorsque le prix du pétrole s’est mis à baisser, en 2008-2009, sa popularité a diminué de près de 20 % et son parti a perdu le vote populaire lors des élec- tions législatives de 2010.

De la diplomatie pétrolière à l’alimentaire

En 2004, et en moins d’un an, plus de 40 % des produits alimentaires, au Venezuela, ont été distribués par cette nouvelle chaîne de distribution entièrement contrôlée par le gouvernement [11]. En 2004, plus de 9,3 millions de personnes ont acheté de la nourriture dans ces magasins discount gérés par l’État. Aussi, les entreprises privées et surtout les coopératives sont devenues totalement dépendantes de l’État pour distribuer leurs produits : certaines entreprises ont même fabriqué des marques privées pour Mercal avec des étiquettes célébrant les réalisations sociales du gouvernement. Ce programme s’est rapidement classé parmi les programmes gouvernementaux les plus populaires et est devenu un outil très puissant pour exercer une influence politique sur le secteur privé.

Dès 2007, la pénurie se fit sentir dans les Mercal. De considérables sommes d’argent avaient été accordées en 2006 à des programmes d’approvisionnement des produits composant le panier alimentaire de base, ainsi que pour la production de produits alimentaires et agroalimentaires de première nécessité [12]. Mais les fonds ont été détournés, ces sociétés d’approvisionnement agricole ont échoué et sont aujourd’hui en faillite. Ce qui explique en partie la terrible situation de 2017, dans laquelle le pays se trouve face au plus grand chaos alimentaire qu’ait connu l’Amérique latine.

Dans cette critique des politiques agroalimentaires du chavisme Chavisme Le terme « chavisme »est utilisé pour décrire le(s) courant(s) politiques revendiquant l’héritage de Hugo Chavez, décédé en 2013. , il n’y a néanmoins aucune idéalisation du passé, de l’avant Chávez. Le secteur agroalimentaire vénézuélien possédait, avant l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez en 1997, des caractéristiques très particulières et différentes de celles des autres pays d’Amérique latine. Parce qu’il s’agit d’un pays pétrolier et urbain, la production agricole a été industrialisée très tôt. La migration de la population rurale vers les villes a causé des ravages dans les campagnes vénézuéliennes. Parallèlement, les modes de consommation alimentaire ont changé et sont devenus ceux d’une société urbaine, avec une prédominance des produits transformés provenant de l’industrie agroalimentaire. Cette situation était très problématique puisque la population urbaine à bas revenu consommait des produits industrialisés de faible valeur nutritionnelle (farine de maïs pour faire des arepas, pâtes, conserves, café, sucre et sodas) au détriment des produits moins transformés et d’une plus grande qualité nutritionnelle (œufs, fruits et légumes, céréales et légumes secs).

Les critiques à l’égard de ce mode de production qui a conduit la consommation à dépendre de plus en plus de l’industrie agroalimentaire importatrice ne sont pas nouvelles. Ce constat était partagé par les experts et les institutions concernées par la santé nutritionnelle des milieux populaires vénézuéliens. Quand je travaillais au bureau de l’Unicef à Caracas, en tant que chef de projet, au milieu des années 1990, je collaborais activement avec l’Institut national de la nutrition (INN). Cette institution avait développé, depuis 1960, un réseau de cantines populaires proposant des menus équilibrés et avait conçu certains adaptés aux besoins caloriques et protéiques de la population la plus démunie, tout en promouvant la consommation de produits locaux, notamment les fruits et les légumes. Je me souviens des tentatives des nutritionnistes avec lesquels je travaillais, dans cet institut public, pour remédier à la malnutrition enfantine. Je me rappelle encore leurs critiques solides et fondées envers le modèle de production et de distribution de l’industrie agroalimentaire qui dominait à l’époque. Ce modèle avait ainsi mené à une forte dépendance à l’égard de produits industriels à faible valeur nutritionnelle. Le panier alimentaire auquel avaient accès les Vénézuéliens pauvres, en particulier ceux des villes, avant Chávez, n’était certes pas parfait. Mais une vingtaine d’années après le début de la Révolution bolivarienne, la situation est bien pire : les Vénézuéliens frôlent la famine.

Le panier alimentaire auquel avaient accès les Vénézuéliens pauvres avant Chávez n’était certes pas parfait. Mais une vingtaine d’années après le début de la Révolution bolivarienne, la situation est bien pire : les Vénézuéliens frôlent la famine.

C’est pourquoi l’acharnement contre Franklin Brito et le manque de sensibilité des autorités à l’égard de cet agriculteur, qui avait réussi une ferme productive, conçue selon des principes de développement durable, et qui avait lui-même été bénéficiaire de la réforme agraire mise en place par Chávez, me semblent être des éléments très significatifs de la profonde incurie et de l’obscurantisme de ceux qui se sont emparés de cette réforme censée améliorer les choses. Le cas de Brito est un prisme unique et l’étudier m’a permis de comprendre, très modestement, les parties les plus sombres de la relation qui s’est finalement établie entre l’État et les citoyens concernant la production et l’accès à la nourriture dans le contexte de la Révolution bolivarienne.

Quand Hugo Chávez gagna les élections présidentielles en décembre 1997, les conditions d’exercice du pouvoir lui étaient exceptionnellement favorables. Cependant, le nouveau Président exigeait encore plus de pouvoir et, en novembre 2001, la nouvelle Assemblée nationale, instaurée après la Constituante de 1999 qui avait refondé la nation, autorisait le Président Chávez à gouverner par ordonnances pour un an. Dans le cadre des pouvoirs spéciaux accordés par cette loi d’habilitation, quarante-neuf ordonnances furent promulguées : elles concernaient la redistribution et la possession des terres, les opérations bancaires, la liberté de la presse, la propriété privée et le régime d’exploitation du pétrole. Avec la loi foncière, qui n’a jamais été soumise à un débat public ou parlementaire, les premiers pas vers une réforme agraire, en priorité sur la propriété collective, ont été menés sans consulter l’Institut national des terres, l’INTI (anciennement l’Institut agraire national, le IAN). Cette loi marquera le début d’une série d’expropriations agricoles, sous prétexte de mener une réforme agraire conduisant à la « souveraineté alimentaire ». Mais de nombreuses embûches ont surgi lors de sa réalisation.
Étant donné les caractéristiques structurelles de son économie - pays pétrolier dépendant de l’importation des hydrocarbures par les marchés mondiaux -, hormis l’exportation de pétrole, le Venezuela est un pays importateur. Des modèles sociopolitiques ont essayé de réinvestir la rente dans l’économie non pétrolière, de même que des politiques dites de diversification de l’économie ont été mises en œuvre entre 1958 et 1998, certes fort critiquables. Or, en 2017-2018, ce pays importateur, totalement dépendant d’une industrie pétrolière en faillite, ne respecte pas ses engagements avec les fournisseurs étrangers et soumet sa population à un régime de pénurie, unique en Amérique latine : très souvent, l’État ne règle pas les commandes passées aux fournisseurs étrangers ou laisse pourrir dans les ports, dans des containers, des tonnes de denrées importées.

Seulement 14% des aliments achetés par les entreprises importatrices de l’État ont été distribués entre 2009 et 2010 alors que des sommes colossales continuaient d’être octroyées aux programmes de distribution alimentaire.

Lors de mes enquêtes de terrain en 2005, j’avais déjà perçu des signes avant-coureurs préoccupants : des containers fantômes avec des produits importés ne cessaient de proliférer aux alentours des ports vénézuéliens [13]. 3 257 containers remplis d’aliments en mauvais état, soit 122 000 tonnes de viande, poulet, lait et légumes secs pourris avaient été retrouvés. Seulement 14% des aliments achetés par les entreprises importatrices de l’État ont été distribués entre 2009 et 2010 alors que des sommes colossales continuaient d’être octroyées aux programmes de distribution alimentaire. Cette politique importatrice a été créée pour générer d’énormes marges de bénéfice à ceux qui contrôlent l’accès aux devises, mais a fragilisé la distribution de produits alimentaires importés. Si on ajoute à cela la politique d’expropriations, d’occupations et de représailles à l’égard des agriculteurs et des propriétaires de terres agricoles, souvent productives, sans mettre en place un autre modèle efficace de production, la situation dégénère forcément en pénurie.

Entre 2005 et 2008, PDVSA a créé des filiales pour importer de la nourriture depuis divers pays d’Amérique latine, dont les gouvernements avaient des partenariats commerciaux avec le Venezuela (l’Argentine, l’Uruguay, par exemple). Ces entreprises (PDVAL, Bariven, parmi d’autres) ont mis en place des mécanismes de corruption extrêmement lucratifs, en bénéficiant de devises octroyées par la Banque centrale avec un taux très favorable, en vue d’importer des denrées avec surprix, voire en mauvais état et souvent même inexistantes. Ces mécanismes de corruption se sont perpétués en toute impunité et au détriment de la sécurité alimentaire de la population vénézuélienne.

Ainsi, depuis 2013, année de la mort d’Hugo Chávez, le contrôle total des importations et des devises nécessaires à l’importation a produit le système bureaucratique le plus corrompu de l’histoire du pays. En quinze ans, trente-cinq taux de change différents ont conduit à la création de mécanismes frauduleux pour générer de l’argent en jouant avec les taux, offrant ainsi des marges de bénéfice énormes au secteur social « bolibourgeois », autrement dit à ceux qui ont accès aux devises octroyées par la Banque centrale vénézuélienne.

Le fait d’avoir utilisé PDVSA pour financer directement les programmes sociaux et les réseaux de distribution alimentaire, les PDVAL et les PDValitos (acronyme de « pétrole du Venezuela » et « alimentation »), constitue une preuve supplémentaire de la mauvaise gestion gouvernementale, nuisible tant pour la production de pétrole que pour la distribution de nourriture. PDVSA a été déclaré en état de cessation des paiements en novembre 2017 [14]. L’objectif du gouvernement en 2005 était de produire 3 millions de barils par jour, et en 2017 elle produit à peine 1 million. Cette chute a une incidence dans toute l’économie du pays car les dépenses de l’État avaient été calculées en fonction de la production de pétrole. Une partie de l’endettement était destinée à l’achat de denrées alimentaires que PDVSA distribuait, au salaire des employés et également au financement d’un système de contrôle des changes. L’échec de cette politique a des conséquences désastreuses pour la population qui en dépend.

La Révolution bolivarienne a, paradoxalement, échoué à assurer la « souveraineté alimentaire », alors qu’il y a une vingtaine d’années le pays était exportateur de riz, de fruits et de poulet

Les trocs et les échanges commerciaux prévus par les gouvernements successifs d’Hugo Chávez avec les pays de l’ALBA ALBA L’ALBA, ou l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, est une organisation politique, sociale et économique de coopération entre des pays de gouvernements progressistes d’Amérique latine et des Caraïbes. Elle est née en 2005 à l’initiative de Cuba et du Venezuela, comme alternative à l’ALCA (ZLEA en français, Zone de libre-échange des Amériques, alors impulsée par Washington). (Alianza bolivariana para los Pueblos de Nuestra América : accord commercial entre certains pays de l’Amérique latine, conçu et mis en œuvre par Hugo Chávez) se sont avérés extrêmement nuisibles pour l’économie nationale. Sur les marchés populaires que j’ai visités depuis 1999, les produits fabriqués au Venezuela ont presque disparu. L’économie nationale avait atteint avant Chávez une certaine autosuffisance dans la production de produits laitiers, de viande et de volaille. Or, lors de mes visites aux établissements destinés à l’approvisionnement des milieux populaires, j’ai pu voir sur les étalages des haricots noirs provenant du Nicaragua, du lait en poudre d’Uruguay, des poulets congelés du Brésil. Tous ces produits sont achetés à l’étranger avec surprix par les différentes entreprises étatiques, et leurs sous-traitants, devenues des monopolisateurs du marché alimentaire du pays. La Révolution bolivarienne a, paradoxalement, échoué à assurer la « souveraineté alimentaire », alors qu’il y a une vingtaine d’années le pays était exportateur de riz, de fruits et de poulet, notamment vers les Antilles françaises.

Composer avec la revente pour pallier la pénurie

Le « carnet de la patria », une carte pour avoir accès aux programmes sociaux du gouvernement  // Twitter  //

Le gouvernement de Nicolás Maduro a mis en place une carte d’alimentation à la cubaine, le « carnet de la patria ». Cette carte est exigée par les institutions, notamment les conseils communaux, et par les réseaux de commercialisation étatiques. L’objectif du « carnet de la patria » est de rationner les aliments pour assurer à chaque citoyen vénézuélien le minimum vital. Avec cette carte, on peut acheter des CLAP, des cartons de nourriture à un prix subventionné [15]. Rosa Andreina, de Guatire, m’expliquait, au cours de notre entretien en juin 2017, comment elle se débrouillait pour manger. Elle a trente ans et quatre enfants en bas âge. Elle travaille dans un pressing industriel. Elle gagne 13 000 bolivars par jour (20 centimes d’euros environ avec l’hyper-inflation). À ce moment-là, c’était le prix d’un kilo de riz. Comme elle était payée chaque jour et en espèces, elle sortait du travail à 16 heures pour aller acheter le kilo de riz et préparait un demi-kilo pour le soir et un demi pour le matin. Elle était bien embarrassée quand je lui ai demandé si elle pouvait trouver un peu de protéines (œuf, poulet, sardines ou même des légumes secs comme les haricots noirs). Elle m’a répondu qu’il lui faudrait manquer un jour de travail pour aller se les procurer dans les marchés, car les files d’attente sont très longues lors de l’arrivée de produits à prix « régulés ». Rosa Andreina semblait très hésitante au sujet du « carnet de la patria » et de la possibilité d’obtenir par ce biais un carton de nourriture CLAP. Elle jugeait la qualité de la farine de maïs très médiocre et ne pouvait pas l’utiliser pour faire des arepas. Elle n’avait pas tort. En effet, la farine achetée ces derniers temps par le gouvernement vénézuélien provient du Mexique et elle sert à préparer des tortillas mexicaines, non des arepas vénézuéliennes. Il y a une grande variété de farines de maïs précuites en Amérique latine, chacune étant adaptée à la recette à base de maïs de chaque pays.

Comme pour les programmes précédents, l’achat des produits par des cartons CLAP aurait été la source d’une énorme corruption. Selon le Parlement dominé par l’opposition et annulé par la Constituante en septembre 2017, le gouvernement vénézuélien aurait perdu quelque 206 millions de dollars en versant des primes pour les importations de produits alimentaires en provenance du Mexique par le biais d’intermédiaires. Selon les porte-parole de cette assemblée, les cartons ont été payés 42 dollars alors qu’ils ne coûtent en réalité que 13 dollars [16].

Le leitmotiv du chavisme, mettre fin à la pauvreté, s’est résumé à des mécanismes politiques de redistribution du revenu pétrolier, qui assimile la fin de la pauvreté à la possibilité de consommer. Ce qui était censé être une alternative au capitalisme s’est avéré être une machine clientéliste pour la redistribution de ressources rares, c’est-à-dire qu’aujourd’hui ces cartons de nourriture CLAP ne peuvent être obtenus qu’à travers le « carnet de la patria ».

Le bachaqueo Bachaqueo Terme relatif à la pratique massive de revente sur le marché noir de produits subsidiés. Ces produits sont « déviés » des réseaux de distribution officiels pour être revendus illégalement à un prix largement supérieur. , la revente illégale de produits, selon ce que j’ai pu observer en juillet 2017, a été considérablement réduit et reconfiguré dans la revente par dose, par « petites gorgées » (teticas, petites tétées) de lait en poudre, café ou huile. Cela a introduit des changements fragilisant encore plus l’accès à la nourriture de qualité. Les revendeurs mettent dans des petits sacs en plastique de toutes petites quantités pour les consommateurs appauvris et désespérés. Sans aucune traçabilité, sans aucune certitude sur la composition de ces sacs, la revente des teticas se fait à côté même des distributeurs des CLAP.

Haydée, à Punto Fijo dans l’État de Falcón, me décrivait ainsi en octobre 2017 la situation de sa famille qui habite dans un village vers la côte de la péninsule de Paraguaná. Ces villages souffrent de coupures d’électricité, de manque d’eau potable, de pénurie d’argent en espèces et leurs habitants ont non seulement faim mais également soif :

Ils sont chez eux (à Pueblo Nuevo, État de Falcón) dans une situation beaucoup plus dure qu’ici à Punto Fijo. Je leur ai apporté de l’eau, mais ils ont passé une journée entière sans boire parce que leurs réservoirs étaient vides et qu’ils ne pouvaient pas acheter de l’eau potable, et cela me désespère de ne pas pouvoir les aider beaucoup plus. Ici, à la maison, nous avons aussi des difficultés pour avoir de l’eau. Pour leur amener de l’eau à Pueblo Nuevo, j’ai acheté très cher un sac de glace pour le faire fondre... il faut comprendre qu’ils n’ont pas d’eau ni d’électricité.

Dans ce contexte extrême, les Vénézuéliens doivent prendre constamment des décisions qui impliquent la vie ou la mort. Les longues files d’attente pour acquérir des produits, la fouille des poubelles ont transformé la manière même d’utiliser les produits alimentaires dans la préparation des repas, tout comme celle d’acheter ou de chercher à acheter. Dans les milieux populaires, on organise les courses et les horaires afin de préparer deux repas par jour.

Dans le régime chaviste, « le peuple » s’est politiquement constitué à partir de la promesse d’un accès à la consommation et non à la citoyenneté

Dans ce laboratoire d’incertitudes sociales, politiques et humaines qu’est devenu le Venezuela, voici la seule conclusion possible suite à ce bref panorama sur la question alimentaire : d’une part, dans le régime chaviste, « le peuple » s’est politiquement constitué à partir de la promesse d’un accès à la consommation et non à la citoyenneté. La promesse chaviste ne relève pas de l’accès aux droits, ni au travail, elle fait miroiter la possibilité de consommer et, dans les faits, de le faire d’une certaine manière, aujourd’hui singulièrement indigente ; d’autre part, le revenu du pétrole se traduit, fût-ce dans l’imaginaire, par la possibilité d’accéder à des biens, des services et des richesses, créant ainsi une relation de dépendance. Dans la relation du citoyen à son corps physique — besoins, douleur, maladie —, la justice sociale promise par la Révolution bolivarienne se réduit à la possibilité d’acheter à prix régulé. Et ce sont les intermédiaires qui ont la possibilité de s’enrichir en faisant des arrangements avec l’État. Tout cela résume, en fait, l’échec du projet de modernité vénézuélien et l’impuissance du chavisme à proposer une autre perspective. Ceux qui tentent de se donner un avenir différent peuvent le payer très cher, comme l’agriculteur Franklin Brito.

partagez

Paula Vásquez Lezama

Paula Vásquez Lezama

Docteure en anthropologie sociale et ethnologie, chargée de recherche au Centre d'études sociologiques et politiques Raymond Aron (CESPRA) du CNRS. Auteure de « Le chavisme. Un militarisme compassionnel » (2014).

[1Les « lettres agraires » sont un dispositif de la politique de redistribution de terres mise en place par la Révolution bolivarienne du Président Hugo Chávez à ses débuts. Cette politique a permis de redistribuer 2,9 millions d’hectares rattachés à de grandes propriétés terriennes et pour lesquels un titre de propriété n’avait pu être produit. Il fallait en effet que les propriétaires montrent aux autorités de l’Institut national des terres (INTI) les titres de propriété même s’ils dataient d’avant 1848, date de la première loi agraire de la nation. Les propriétaires incapables de produire les titres ont été expropriés. Et quelques milliers de familles ont reçu ces « lettres agraires » leur donnant le droit d’occuper et de cultiver ces terres expropriées. Cette politique répond à l’intention du gouvernement de garantir la « souveraineté alimentaire » d’un pays qui importe plus de 70 % des aliments que consomme sa population. Cependant, la profonde pénurie alimentaire qui affecte le pays montre bien que cette politique n’a pas donné les résultats espérés : beaucoup de fermes productives ont été expropriées en raison de litiges peu clairs avec l’Institut national des terres.

[2Dans ses discours télévisés quotidiens, Hugo Chávez prenait des décisions concrètes avec un impact réel sur la vie des personnes concernées. L’interaction médiatique entre Chávez et Brito ne sera pas analysée ici du point de vue de la sphère politico-communicationnelle, mais à partir des conséquences concrètes pour la vie de ce dernier.

[3Jesse Chacón a participé au putsch manqué d’un groupe de mili- taires commandés par Chávez, le 4 février 1992, contre Carlos Andrés Pérez et son gouvernement.

[4Humberto Marquez, « Venezuela : huelga de hambre, herencia del problema agrario », IPS Noticias, 2010, consulté le 31 mars 2015).

[5La fondation Caritas a fourni des données qui rendent compte de l’urgence alimentaire — 16 % de la population de l’État de Zulia souffrirait de malnutrition sévère — et rapporte qu’en 2016 certains habitants auraient perdu quatorze kilos (elestimulo.com (1), elestimulo.com (2), consultés le 15 novembre 2017).

[6elnacional.com, consulté le 14 novembre 2017).

[7Dick Parker (2008), « Chávez y la búsqueda de una seguridad y una soberanía alimentarias », Revista venezolana de economía y ciencias sociales, vol. 14, no 3, pp. 121-143.

[8(http://www.francetvinfo.fr/monde/am..., consulté le 9 septembre 2017).

[10C’est dans le cadre d’un programme spécial militaire, nommé plan Bolívar 2000 (PB 2000), que des programmes sociaux, dont celui de la distribution de nourriture, ont commencé à être mis en œuvre au début des années 2000. En 2007, le général Victor Cruz Weffer, en charge de ce programme, a été dénoncé pour avoir détourné des milliards de dollars. Son nom figure dans la liste des Panama Papers.

[11Michael Penfold-Becerra (2007),« Clientelism and Social Funds : Evidence from Chavez’s Misiones », Latin American Politics and Society, vol. 49, no 4, pp. 63-84.

[12La création d’un programme exceptionnel d’approvisionnement en 2006 a été officialisée en mai de cette année-là (http://virtual.urbe.edu/ gacetas/38437.pdf, consulté le 17 mars 2017).

[13La presse vénézuélienne a beaucoup dénoncé ces cas (http://elestimulo.com/blog/7-anos-d..., consulté le 16 novembre 2017).

[14(https://www.ft.com/content/3be4f10b... 90b8031635d9, consulté le 16 novembre 2017).

[15L’acronyme CLAP signifie « comités locaux d’alimentation et de production ». Or, il n’y pas de production locale dans la composition de ces cartons. Même si la composition des cartons est très variable, il s’agit majoritairement de produits importés, surtout de la farine de maïs et de l’huile. Le gouvernement de Maduro promeut l’utilisation de ce carnet pour le paiement des cartons CLAP (http://vtv.gob.ve/con-el-carnet-de-... se-podran-realizar-pagos-de-los-clap/, consulté le 17 novembre 2017).

[16(https://lta.reuters.com/article/top... OUSLT, consulté le 18 novembre 2017). La presse mexicaine a largement relayé ce scandale des « kits d’aliments mexicains vendus avec surprix au gouvernement de Maduro » (http://www.excelsior.com.mx/nacio- nal/2017/08/01/1178934).

[17Les « lettres agraires » sont un dispositif de la politique de redistribution de terres mise en place par la Révolution bolivarienne du Président Hugo Chávez à ses débuts. Cette politique a permis de redistribuer 2,9 millions d’hectares rattachés à de grandes propriétés terriennes et pour lesquels un titre de propriété n’avait pu être produit. Il fallait en effet que les propriétaires montrent aux autorités de l’Institut national des terres (INTI) les titres de propriété même s’ils dataient d’avant 1848, date de la première loi agraire de la nation. Les propriétaires incapables de produire les titres ont été expropriés. Et quelques milliers de familles ont reçu ces « lettres agraires » leur donnant le droit d’occuper et de cultiver ces terres expropriées. Cette politique répond à l’intention du gouvernement de garantir la « souveraineté alimentaire » d’un pays qui importe plus de 70 % des aliments que consomme sa population. Cependant, la profonde pénurie alimentaire qui affecte le pays montre bien que cette politique n’a pas donné les résultats espérés : beaucoup de fermes productives ont été expropriées en raison de litiges peu clairs avec l’Institut national des terres.

[18Dans ses discours télévisés quotidiens, Hugo Chávez prenait des décisions concrètes avec un impact réel sur la vie des personnes concernées. L’interaction médiatique entre Chávez et Brito ne sera pas analysée ici du point de vue de la sphère politico-communicationnelle, mais à partir des conséquences concrètes pour la vie de ce dernier.

[19Jesse Chacón a participé au putsch manqué d’un groupe de mili- taires commandés par Chávez, le 4 février 1992, contre Carlos Andrés Pérez et son gouvernement.

[20Humberto Marquez, « Venezuela : huelga de hambre, herencia del problema agrario », IPS Noticias, 2010, consulté le 31 mars 2015).

[21La fondation Caritas a fourni des données qui rendent compte de l’urgence alimentaire — 16 % de la population de l’État de Zulia souffrirait de malnutrition sévère — et rapporte qu’en 2016 certains habitants auraient perdu quatorze kilos (elestimulo.com (1), elestimulo.com (2), consultés le 15 novembre 2017).

[22elnacional.com, consulté le 14 novembre 2017).

[23Dick Parker (2008), « Chávez y la búsqueda de una seguridad y una soberanía alimentarias », Revista venezolana de economía y ciencias sociales, vol. 14, no 3, pp. 121-143.

[24(http://www.francetvinfo.fr/monde/am..., consulté le 9 septembre 2017).

[26C’est dans le cadre d’un programme spécial militaire, nommé plan Bolívar 2000 (PB 2000), que des programmes sociaux, dont celui de la distribution de nourriture, ont commencé à être mis en œuvre au début des années 2000. En 2007, le général Victor Cruz Weffer, en charge de ce programme, a été dénoncé pour avoir détourné des milliards de dollars. Son nom figure dans la liste des Panama Papers.

[27Michael Penfold-Becerra (2007),« Clientelism and Social Funds : Evidence from Chavez’s Misiones », Latin American Politics and Society, vol. 49, no 4, pp. 63-84.

[28La création d’un programme exceptionnel d’approvisionnement en 2006 a été officialisée en mai de cette année-là (http://virtual.urbe.edu/ gacetas/38437.pdf, consulté le 17 mars 2017).

[29La presse vénézuélienne a beaucoup dénoncé ces cas (http://elestimulo.com/blog/7-anos-d..., consulté le 16 novembre 2017).

[30(https://www.ft.com/content/3be4f10b... 90b8031635d9, consulté le 16 novembre 2017).

[31L’acronyme CLAP signifie « comités locaux d’alimentation et de production ». Or, il n’y pas de production locale dans la composition de ces cartons. Même si la composition des cartons est très variable, il s’agit majoritairement de produits importés, surtout de la farine de maïs et de l’huile. Le gouvernement de Maduro promeut l’utilisation de ce carnet pour le paiement des cartons CLAP (http://vtv.gob.ve/con-el-carnet-de-... se-podran-realizar-pagos-de-los-clap/, consulté le 17 novembre 2017).

[32(https://lta.reuters.com/article/top... OUSLT, consulté le 18 novembre 2017). La presse mexicaine a largement relayé ce scandale des « kits d’aliments mexicains vendus avec surprix au gouvernement de Maduro » (http://www.excelsior.com.mx/nacio- nal/2017/08/01/1178934).

Tags
Source

Lire aussi

Inscrivez-vous à la Newsletter

2018 © Tous droits réservés.