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Une présidentielle sans suspense après l’échec des négociations

Les négociations entre le gouvernement et l’opposition ont échoué. Conséquence directe : la majorité de l’opposition ne participera pas à l’élection présidentielle du 20 mai prochain. Les conditions électorales pour une compétition équitable ne sont pas réunies selon elle. Le gouvernement quant à lui poursuit sa folle course pour garder le contrôle au prix de ce qui lui reste de légitimité.

Frédéric Lévêque

26 mars 2018

Une fois de plus, la rupture est belle et bien consommée. La majorité des partis formant la MUD, la coalition d’opposition au gouvernement du Président Maduro, ne participera pas à la prochaine présidentielle anticipée convoquée par le pouvoir. [1]

« L’événement prématuré et sans garanties … n’est qu’un show du gouvernement pour prétendre à une légitimité qu’il n’a pas, au milieu de l’agonie et de la souffrance des Vénézuéliens. Nous appelons le pays à sortir du faux débat de cette farce de participer ou pas. Ce ne sont pas des élections. Notre objectif est d’obtenir de véritables élections. La Constitution les exige, et c’est vers cet objectif que nous orienterons notre lutte. » [2]

Le président en exercice aura certes quelques adversaires le 20 mai mais aucun qui semble vraiment pouvoir lui faire de l’ombre. Cette décision lourde de conséquences fait suite à l’échec des négociations organisées en République dominicaine.

D’échec en échec

Ce n’est pas la première fois depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Maduro (avril 2013) que gouvernement et opposition s’asseyaient à la même table. [3] En avril 2014, après les violences connues sous le nom de La Salida La Salida La Salida, littéralement La Sortie, est une vague de manifestations de l’opposition et d’affrontements violents qui ont eu lieu début 2014 et se sont soldés par la mort de 43 personnes.
Selon le pouvoir, les cerveaux en seraient Antonio Ledezma, Maria Corina Machado et Leopoldo Lopez. Ce dernier a été arrêté et inculpé pour ces faits.
, qui avaient causé la mort de 43 personnes, les deux camps avaient débattu en direct à la télévision et en radio par cadena Cadenas
Cadena
Cadena, chaîne. Au Venezuela, une Cadena nationale est une retransmission obligatoire sur toutes les radios et télévisions du pays imposée par les autorités. Il s’agit en général d’une allocation du président ou d’une haute autorité de l’Etat...
. La MUD s’était retirée des négociations un mois plus tard. Des réunions exploratoires entre les deux camps, avec la médiation du Vatican, s’étaient tenues aussi à l’automne 2016 après l’annulation pour de supposées fraudes du processus de convocation d’un référendum révocatoire Référendum révocatoire La Constitution de 1999 (art. 72 CRBV) a introduit le mécanisme de référendum révocatoire. Selon une procédure précise, les citoyens peuvent convoquer un référendum révocatoire contre tout élu arrivé à la moitié de son mandat . Un tel référendum a eu lieu contre le Président Chavez en 2004. Il l’a emporté. Celui que voulait organisé l’opposition en 2016 a été annulé pour de supposées fraudes lors de la phase de collecte de signatures. du mandat du Président. [4] Sans résultat aussi. La dernière tentative de négociations, qui a officiellement débuté le 1er décembre 2017 pour finir dans une impasse le 7 février, s’est tenue à la fin d’une année marquée par de nombreux bouleversements politiques.

Un contrôle politique renforcé

En 2017, au niveau interne, le pouvoir a renforcé son contrôle politique. Suite à la mise hors-jeu de l’Assemblée nationale (AN) [5] - gagnée en décembre 2015 par l’opposition -, le gouvernement a dû faire face à d’importantes manifestations au printemps 2017. Acculé, il a repris la main en remplaçant de facto le Parlement par une Assemblée nationale constituante (ANC) [6] acquise à sa cause et qui dispose de tous les pouvoirs, et donc de celui de respecter la loi ou de la changer si elle ne lui convient pas. A partir de son entrée en fonction, le gouvernement a profité de la conjoncture et a organisé deux scrutins selon des critères bien à lui [7], faisant imploser une opposition qui peine plus que jamais à se mettre d’accord et à mobiliser son électorat désabusé, dont un nombre croissant préfère s’abstenir, sans parler des centaines de milliers de citoyens qui optent pour l’exil.

Un isolement international grandissant

La seule victoire de l’opposition en 2017 fut au niveau international. La mise hors-jeu de l’Assemblée nationale, la répression durant les 120 jours de manifestations et l’imposition de la Constituante ont représenté un point de rupture. Dorénavant, nombreux sont les voisins continentaux du Venezuela et les pays occidentaux - Etats-Unis, Canada, Union européenne - qui refusent de reconnaître la légitimité de l’ANC et des prochaines élections. Pire, Les Etats-Unis suivis par le Canada et l’UE ont adopté une série de sanctions à l’encontre du pays et de certains de ses dirigeants. Celles de l’administration de Donald Trump font le plus mal : depuis 2007, le gouvernement est entré dans un cycle d’endettement aggravé par la chute des prix du baril de pétrole à partir de 2014 et la quasi banqueroute de son entreprise pétrolière PDVSA PDVSA
Petróleos de Venezuela
Petróleos de Venezuela SA est la compagnie nationale publique de pétrole du Venezuela.
qui fournit l’essentiel les devises dont a besoin le gouvernement pour importer ce que consomment les Vénézuéliens. Les sanctions de l’administration états-unienne empêchent Caracas d’emprunter et de renégocier ses dettes sur les marchés financiers et menacent de fait quiconque commerce avec elle. Même avec le Nicaragua dirigé par le couple Ortega, fidèle allié du gouvernement, les échanges commerciaux ont été quasi réduits à zéro. [8] L’objectif de Washington ne laisse guère de place au doute : étrangler économiquement le gouvernement de Nicolas Maduro pour provoquer sa chute. Depuis août dernier, la « guerre économique Guerre économique C’est la thèse du gouvernement de Nicolas Maduro pour expliquer la crise économique. Le secteur privé en alliance avec des pays hostiles à la « révolution » mèneraient une guerre économique contre le Venezuela.  » si souvent invoquée par le pouvoir pour expliquer les difficultés économiques - en se dédouanant de toute responsabilité - est devenue une réalité.

Deux camps, deux accords

Entre le 1er décembre et le 7 février, six rondes de négociations ont eu lieu en République dominicaine. Gouvernement et opposition bénéficiaient de la médiation du gouvernement local et de l’UE, par l’entremise de l’ancien Premier ministre espagnol (2004-11) José Luis Rodríguez Zapatero. Trois projets de texte ont été officiellement déposés sur la table. [9] Le premier présenté par les cinq pays accompagnateurs. [10] Le second et le dernier par l’émissaire de l’UE, M. Zapatero.

Le 6 février, la délégation du gouvernement annonce avoir scellé la veille un accord définitif avec « la droite vénézuélienne » [11] mais dénonce sa marche arrière. Jorge Rodriguez, représentant du gouvernement vénézuélien, affirme que suite à un appel reçu depuis Bogota où se trouve justement le « pro-consul impérial  » Rex Tillerson, désormais ex-secrétaire d’Etat états-unien [12], l’opposition aurait décidé de rejeter l’accord. Dans une mise en scène un brin surréaliste, les Rodriguez, Jorge et sa soeur Delcy, présidente de l’ANC, apposent malgré tout leur signature en bas du texte.

TeleSur

Conférence de presse de Jorge Rodríguez le 6 février 2018

https://www.youtube.com/watch?v=vcpkBvQDczU

Pour le président dominicain, « l’opposition n’a pas compris qu’elle était obligée de signer… et a demandé du temps pour analyser le document ». Elle en a finalement proposé une autre version que le gouvernement n’a pas daigné recevoir.

Au final, aucun accord ne fut signé entre les parties et aucune nouvelle ronde programmée. Chaque camp a donc quitté la République dominicaine avec son propre « Accord de conviviencia ». Le gouvernement a décidé d’appliquer le sien, celui qu’il n’a finalement convenu qu’avec lui-même. Après d’intenses débats internes, l’opposition a décliné toute participation à la prochaine présidentielle du 22 avril, reprogrammée ensuite au 20 mai.

Julio Borges a-t-il reçu un appel lui demandant de ne pas signer le texte du gouvernement ?  // Source : noticiaaldia.com  //

Le gouvernement a-t-il voulu faire porter l’échec des négociation sur l’opposition en suggérant l’intervention des Etats-Unis ? Le scénario est en tout cas utile pour renforcer l’idée d’une opposition marionnette de l’Imperio. Une source diplomatique, hostile au gouvernement, me confirme que l’opposition entendait bien signer le document gouvernemental et qu’il y a bien eu un appel téléphonique, mais peut-être pas de Bogota. Croira qui voudra …

Des différences notables

L’analyse comparative des « deux accords » [13] est intéressante à plus d’un titre. Quatre des six chapitres les composant comportent des différences notoires.

Le premier chapitre traite de la priorité du gouvernement Maduro : « souveraineté et sanctions unilatérales contre le Venezuela ». Le texte oficialista Oficialista
Oficialismo
Oficialismo, le gouvernement. Oficialista, partisan du gouvernement.
dit que « gouvernement et opposition travailleront ensemble à la révision et suppression des sanctions ». Celui de l’opposition conditionne ce travail commun pour revoir (et non pas nécessairement supprimer) les sanctions à l’octroi par le gouvernement de « garanties démocratiques ».

La seconde partie est consacrée aux conditions électorales. Temps de parole dans les médias, rénovation du pouvoir électoral pour qu’il soit plus équilibré, mission d’observation électorale indépendante, levée des inhabilitations Inhabilitation
inhabilitations
Les inhabilitations politiques sont devenues une arme pour écarter des politiciens. Il s’agit d’une sanction administrative prise à l’encontre de fonctionnaires et d’élus qui auraient commis des irrégularités dans leur gestion. Cette mesure est adopté par la Contraloría - une sorte de Cours des comptes dirigée par un proche de la Première dame, Cilia Flores. Une fois une personne sanctionnée, l’inéligibilité peut constituer une peine accessoire à une amende. Dans les faits, elle est devenue la peine principale et a touché et touche encore de nombreux politiciens.

Exemple connu : celui d’Henrique Capriles, un des leaders de l’opposition, deux fois candidats présidentiels. Il a été condamné à une amende et privé de ses droits politiques pour quinze ans en 2017, sans qu’aucun procès n’ai eu lieu, ce que nombre de juristes considèrent comme anticonstitutionnel. Il a été sanctionné pour la non présentation du projet de loi budgétaire 2013 devant le conseil législatif de son Etat, ne pas avoir demandé l’autorisation pour recevoir des dons des ambassades de Pologne et de Grande-Bretagne pour des oeuvres sociales (réhabilitation d’un terrain de sport et programme scolaire) et avoir omis de faire un appel d’offres.
pesant sur les deux candidats favoris des sondages Henrique Capriles Radonsky et Leopoldo Lopez, légalisation des partis politiques exclus du jeu électoral, interdiction du prosélytisme électoral le jour du scrutin … La liste des revendications de l’opposition est longue et relève de ce qu’on appelle l’ « intégrité électorale » particulièrement mises en mal depuis deux ans.

Le troisième chapitre concerne l’Etat de droit. Il traite de l’Assemblée nationale (AN) dont le pouvoir de légiférer a été de facto transféré à l’ANC. Dans son document, le gouvernement se limite à promettre la création d’une commission entre les deux institutions « pour la coexistence institutionnelle ». L’opposition demande quant à elle que l’AN récupère ses fonctions, compétences et pouvoirs, sans faire référence à l’ANC, un pouvoir illégitime selon elle.

Dans son cinquième chapitre sur la « Commission de la vérité », l’opposition demande explicitement de « procéder de manière immédiate, dans un laps de temps non supérieur à 30 jours, à la libération de tous les prisonniers politiques, dont Leopoldo Lopez, ainsi que de faciliter le retour des exilés politiques au Venezuela. » Le gouvernement n’a jamais reconnu l’existence de prisonniers politiques mais bien de « politiques prisonniers ». Ils seraient à ce jour 241 selon l’ONG Foro Penal [14].

Le respect de la loi comme principale revendication

C’est le grand paradoxe du conflit vénézuélien. Depuis plus de deux ans, ceux qui ont voué aux gémonies la Constitution « chaviste » adoptée en 1999 en sont devenus les principaux défenseurs et exigent son respect. Certes, on peut mettre le doigt sur ses incohérences, sa faiblesse structurelle, sa vision court-termiste, lui prêter des desseins peu démocratiques, mettre en valeur ses fractions extrémistes, rappeler son passé putschiste, pour certains du moins, l’opposition négocie surtout le respect de la loi et de la Constitution. Contrairement à l’an dernier, elle ne fait pas de la sortie de Maduro une condition préalable à son retour dans le jeu institutionnel. Elle est convaincue que l’impopularité du gouvernement est largement majoritaire au sein de la population et qu’elle pourrait réitérer sa victoire électorale de décembre 2015 lorsqu’elle avait conquis 2/3 des sièges du Parlement avant que sa propre obsession à en découdre avec l’exécutif et la sortie de route constitutionnelle du pouvoir ne la mettent hors jeu.

Un dialogue vicié dés le départ ?

La crise économique s’aggravant, le temps joue évidemment contre le gouvernement. Il cherche donc à garantir son pouvoir en avançant l’élection présidentielle [15] et aimerait récupérer des marges de manoeuvres économiques. Mais seuls l’organisation d’élections justes et le retour dans ses fonctions de l’Assemblée nationale pourrait éventuellement pousser la « communauté internationale », ou du moins une partie d’entre elle, à assouplir les sanctions et donner de l’oxygène au gouvernement.

Recommandé

La question qui se pose à moins de 60 jours du scrutin est si le gouvernement de Nicolas Maduro est prêt à reprendre le chemin de la légalité constitutionnelle, et à céder certains espaces de pouvoir, au risque évidemment de le perdre ? Cela ne semble pas être la voie choisie. Dans l’« accord » du gouvernement, on ne décèle aucune trace d’un compromis sur les prisonniers politiques ou l’ouverture d’un canal humanitaire pour l’importation de médicaments, on n’y voit une quelconque preuve de bonne volonté, autre que ce que la Constitution et la loi garantissent en temps normal. Durant les pourparlers à Saint-Domingue, alors que la date et les conditions électorales de la présidentielle était un des enjeux des négociations [16], le gouvernement a exclu la MUD et plusieurs partis d’opposition du jeu électoral, ce qui a fait retomber l’optimisme qui a un temps prévalu lors des négociations. [17] Il a profité ensuite de l’annonce de nouvelles sanctions européennes pour fixer unilatéralement la date du scrutin. [18]

Erika Farias, la polémique maire de Libertador  // © Jonathan Lanza / Contrapunto  //

Comme si cela ne se suffisait pas, les récents propos d’une proche du Président, la maire de Libertador, Érika Farías, ont apporté de l’eau au moulin de ceux qui pensent que le pouvoir ne cédera rien : « Que le monde sache que cette révolution est arrivée pour rester. Le Venezuela, c’est nous qui la gouvernons et personne d’autre. » [19] On mettra de tels propos sur le compte des excès propres à un meeting de campagne. Mais quand Delcy Rodriguez, qui dirige l’ANC, affirme lors d’un acte bien plus officiel : « Nous disons à ceux qui veulent reprendre le pouvoir politique qu’ils n’y reviendront jamais, nous n’allons plus jamais rendre le pouvoir politique » [20], on peut se demander s’il faut prendre de tels propos au pied de la lettre. Aux dernières nouvelles, personne ne les a « recadrées ». Avec le durcissement des sanctions ciblées sur les hautes dignitaires du régime et l’ouverture d’un examen préliminaire pour des crimes présumés par la Cour pénal internationale (CPI) [21], l’’étau se resserre sur la cupula dirigeante.

« Nous disons à ceux qui veulent reprendre le pouvoir politique qu’ils n’y reviendront jamais, nous n’allons plus jamais rendre le pouvoir politique »
Delcy Rodriguez

Si rien ne change d’ici le 20 mai, le Venezuela devrait en reprendre pour six ans avec l’ancien militant syndical devenu président. La situation politique semble bloquée et la population trinque à la recherche de dollars, de médicaments, de nourriture ou en envoyant des membres de la famille travailler à l’étranger. Plus probable qu’une intervention militaire états-unienne que brandissent sans cesse le gouvernement et ses partisans, le déblocage de la situation viendra peut-être d’une massification des protestations, pillages, saccages et révoltes, actuellement très dispersés, qui ont marqué le début de l’année 2018, comme encore à Petare Petare Petare est un énorme quartier populaire situé à Sucre, une des cinq municipalités qui composent Caracas. Il se situe à l’Est de la ville et est souvent décrit comme le plus gros barrio d’Amérique latine. Sa population dépasse largement le demi-million. il y a quelques jours [22]. Une massification qui aurait pour corollaire une croissance de la répression provoquant davantage de fissures au sein des forces armées, un des principaux piliers du régime. La vague d’arrestations en cours en son sein est peut-être un signe ? [23] Mais tout cela n’est que prédictions et bien téméraire est celui qui peut savoir la tournure que prendra le conflit vénézuélien.

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Frédéric Lévêque

Frédéric Lévêque

Belge. Master en sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles. Coordinateur de RISAL (http://risal.collectifs.net) de 2003 à 2009. Fondateur et coordinateur de Barril.info.

[1La MUD anuncia que no participará en las presidenciales de Venezuela y Maduro dice que quiere « megaelección » que incluya parlamentarias y locales, BBC Mundo, 21 février, http://www.bbc.com/mundo/noticias-a...

[2Comunicado de la MUD sobre la decisión de no participar en las presidenciales, Tal Cual, 21 février 2018, http://talcualdigital.com/index.php...

[3Wanda López Agostini, El diálogo sin fruto entre la oposición y el Gobierno, El Pitazo, 13 septembre 2017, https://elpitazo.com/ultimas-notici...

[4A l’automne 2016, des partisans du gouvernement ont déposé plainte contre La MUD pour de supposées fraudes commises lors de la collecte de signatures pour l’organisation d’un référendum révocatoire. Un an et demi plus tard, aucune sentence ferme n’est encore venue confirmer les accusations.

[5Jusqu’à la fin 2015, le chavisme « post-Chavez » a la main-mise sur l’ensemble des pouvoirs publics. Mais le 6 décembre, c’est le basculement. L’opposition remporte haut la main les élections législatives. Se déclenche alors une véritable guerre institutionnelle. L’exécutif contre le législatif avec un arbitre qui n’en est pas vraiment un : la Cour suprême. Le conflit politique vénézuélien se judiciarise. S’ensuit une série de péripéties qui amène la Cour suprême à déclarer l’Assemblée nationale en « situation d’outrage » (« desacato  », en espagnol). Ses actions n’ont plus de valeurs légales. Le Parlement se transforme en une simple tribune politique.

[6Conçu comme un stratagème de l’exécutif pour reprendre le contrôle de l’ensemble des pouvoirs publics, après la victoire de l’opposition aux législatives et la rébellion du Ministère public, la plénipotentiaire et supraconstitutionnelle Assemblée nationale constituante détient aujourd’hui tous les pouvoirs. Elle n’est composée que de partisans de la « révolution bolivarienne ». Sa direction se confond avec celle du PSUV et le gouvernement. Depuis son entrée en fonction, la Constitution de 1999 est mise entre parenthèses. Tous les pouvoirs constitués - de la Cour suprême au pouvoir électoral en passant par l’Assemblée nationale, - , doivent se soumettre. L’ANC doit rédiger un nouveau texte constitutionnel. Elle s’est donné un large délais de deux ans pour accomplir son devoir. De facto, l’Assemblée gouverne le pays par des lois/décrets constituants. Sans contrôle, sans contre-poids.

[7Selon la Constitution, les élections régionales devaient être organisées en décembre 2016. Dans un premier temps, en octobre 2016, le CNE annonce l’organisation de ces élections pour la fin du premier semestre 2017. Le 22 mai 2017, après la convocation par le président Maduro d’élections pour élire les membres de l’Assemblée nationale constituante (ANC), et au milieu d’affrontements de rue quotidiens, le CNE reprogramme la date des élections au 10 décembre 2017. Une fois l’ANC en place le 4 août, celle-ci décrète que les élections pour les seuls gouverneurs (et pas les conseils législatifs des états) seront organisées en octobre 2017. Lors de ces élections finalement programmées le 15 octobre, le chavisme a remporté 18 des 23 postes de gouverneurs en jeu.
Quant aux élections municipales, elles ont eu lieu le 10 décembre. La population ne pouvait élire que les maires - comme le 15 octobre, elle ne pouvait renouveler que l’exécutif des états. Pourquoi ? Parce que l’ANC en a décidé ainsi. Sans aucune justification. Aujourd’hui, les mandats des conseillers municipaux et des conseillers législatifs (états) sont expirés. Ils seront renouvelés le 20 mai prochain en même temps que la présidentielle.

[8Sanciones de EE UU paralizan exportaciones de Nicaragua a Venezuela, Panorama/ AFP, 26 janvier 2018, http://www.panorama.com.ve/politica...

[9Eugenio Martínez, ¿Qué propuestas discutieron el gobierno y la oposición en República Dominicana ?, Prodavinci, 7 février 2018, https://prodavinci.com/que-propuest...

[10Chaque camp a choisi trois pays pour l’accompagner. Le gouvernement a choisi la Bolivie, le Nicaragua et Saint-Vincent-et-les-Grenadines. L’opposition le Mexique, le Chili et le Paraguay. Ce dernier pays n’a finalement pas participé pour des raisons internes.

[11Gobierno y oposición salen de República Dominicana sin acuerdo, Prodavinci, 7 février 2018, https://prodavinci.com/gobierno-y-o...

[12Le 13 mars 2018, Rex Tillerson a été démis de ses fonctions et remplacé par Mike Pompeo, directeur de la CIA.

[13L’ « accord » du gouvernement :http://minci.gob.ve/2018/02/gobiern.... Celui de l’opposition : http://www.unidadvenezuela.org/noti...,-propuesta-de-la-mud.

[14Foro Penal : “Al día de hoy el número de presos políticos es de 241 entre ellos 22 militares detenidos por el gobierno », Aporrea, 22 mars 2018, https://www.aporrea.org/ddhh/n32268...

[15Avancer la date de l’élection présidentielle n’est pas illégal mais rompt avec la tradition qui veut que les présidentielles soient organisées en décembre pour une entrée en fonction du vainqueur en février.

[16Selon le président dominicain Medina, le gouvernement vénézuélien voulait organiser l’élection présidentielle le 8 mars, l’opposition le 10 juin. Grâce à la médiation de Rodríguez Zapatero, les deux camps se seraient mis d’accord sur le 22 avril. Au final, cette élection a été fixée au 20 mai et couplée à celles retardées des conseils législatifs des 24 états du Venezuela et des conseils municipaux.

[17J. Lafuente & F. Manetto, Zapatero, el mediador imaginario en Venezuela, El País, 11 février 2018, https://elpais.com/internacional/20...

[18En janvier dernier, sept premières personnes ont été inclues dans la liste des responsables sanctionnés par l’Union européenne. La base juridique lui permettant de sanctionner individuellement des dirigeants vénézuéliens a été adoptée en novembre 2017. Cette première liste qui comprend notamment Diosdado Cabello, souvent qualifié de n°2 du régime, Tibisay Lucena, la présidente du pouvoir électoral, et Tarek William Saab, le procureur général de la République, était attendue pour fin 2017. Ces sanctions impliquent le gel de leurs actifs et interdit leur entrée sur le territoire européen.

[19Manuel Corro, Érika Farías : "A Venezuela la gobernamos nosotros o no la gobierna nadie », Contrapunto.com, 6 novembre 2017, http://contrapunto.com/noticia/erik...

[20Delcy Rodríguez : “Vamos por la conquista del poder económico », Aporrea/ AVN, 17 mars 2018, https://www.aporrea.org/economia/n3...

[21La CPI ouvre un examen préliminaire sur des crimes présumés aux Philippines et au Venezuela, ONU info, 8 février 2018, https://news.un.org/fr/story/2018/0...

[22Petare fue militarizado luego de varias horas de protesta por las cajas Clap, El Pitazo, 22 mars 2018, http://elpitazo.info/gran-caracas/p...

[23Lire à ce sujet Pedro Benítez, Entra en crisis la unidad cívico-militar que sostiene al gobierno de Nicolás Maduro, ALnavío, 19 mars 2018, https://alnavio.com/noticia/13173/a... ; ; Javier Mayorca, Crímenes sin Castigo Los presos verdes del presidente Maduro, Runrun.es, 22 mars 2018, http://runrun.es/opinion/342608/cri... ; ; Luis Manuel Esculpi, La rebelión de los centauros, Tal Cual, 20 mars 2018, http://talcualdigital.com/index.php...

[24La MUD anuncia que no participará en las presidenciales de Venezuela y Maduro dice que quiere « megaelección » que incluya parlamentarias y locales, BBC Mundo, 21 février, http://www.bbc.com/mundo/noticias-a...

[25Comunicado de la MUD sobre la decisión de no participar en las presidenciales, Tal Cual, 21 février 2018, http://talcualdigital.com/index.php...

[26Wanda López Agostini, El diálogo sin fruto entre la oposición y el Gobierno, El Pitazo, 13 septembre 2017, https://elpitazo.com/ultimas-notici...

[27A l’automne 2016, des partisans du gouvernement ont déposé plainte contre La MUD pour de supposées fraudes commises lors de la collecte de signatures pour l’organisation d’un référendum révocatoire. Un an et demi plus tard, aucune sentence ferme n’est encore venue confirmer les accusations.

[28Jusqu’à la fin 2015, le chavisme « post-Chavez » a la main-mise sur l’ensemble des pouvoirs publics. Mais le 6 décembre, c’est le basculement. L’opposition remporte haut la main les élections législatives. Se déclenche alors une véritable guerre institutionnelle. L’exécutif contre le législatif avec un arbitre qui n’en est pas vraiment un : la Cour suprême. Le conflit politique vénézuélien se judiciarise. S’ensuit une série de péripéties qui amène la Cour suprême à déclarer l’Assemblée nationale en « situation d’outrage » (« desacato  », en espagnol). Ses actions n’ont plus de valeurs légales. Le Parlement se transforme en une simple tribune politique.

[29Conçu comme un stratagème de l’exécutif pour reprendre le contrôle de l’ensemble des pouvoirs publics, après la victoire de l’opposition aux législatives et la rébellion du Ministère public, la plénipotentiaire et supraconstitutionnelle Assemblée nationale constituante détient aujourd’hui tous les pouvoirs. Elle n’est composée que de partisans de la « révolution bolivarienne ». Sa direction se confond avec celle du PSUV et le gouvernement. Depuis son entrée en fonction, la Constitution de 1999 est mise entre parenthèses. Tous les pouvoirs constitués - de la Cour suprême au pouvoir électoral en passant par l’Assemblée nationale, - , doivent se soumettre. L’ANC doit rédiger un nouveau texte constitutionnel. Elle s’est donné un large délais de deux ans pour accomplir son devoir. De facto, l’Assemblée gouverne le pays par des lois/décrets constituants. Sans contrôle, sans contre-poids.

[30Selon la Constitution, les élections régionales devaient être organisées en décembre 2016. Dans un premier temps, en octobre 2016, le CNE annonce l’organisation de ces élections pour la fin du premier semestre 2017. Le 22 mai 2017, après la convocation par le président Maduro d’élections pour élire les membres de l’Assemblée nationale constituante (ANC), et au milieu d’affrontements de rue quotidiens, le CNE reprogramme la date des élections au 10 décembre 2017. Une fois l’ANC en place le 4 août, celle-ci décrète que les élections pour les seuls gouverneurs (et pas les conseils législatifs des états) seront organisées en octobre 2017. Lors de ces élections finalement programmées le 15 octobre, le chavisme a remporté 18 des 23 postes de gouverneurs en jeu.
Quant aux élections municipales, elles ont eu lieu le 10 décembre. La population ne pouvait élire que les maires - comme le 15 octobre, elle ne pouvait renouveler que l’exécutif des états. Pourquoi ? Parce que l’ANC en a décidé ainsi. Sans aucune justification. Aujourd’hui, les mandats des conseillers municipaux et des conseillers législatifs (états) sont expirés. Ils seront renouvelés le 20 mai prochain en même temps que la présidentielle.

[31Sanciones de EE UU paralizan exportaciones de Nicaragua a Venezuela, Panorama/ AFP, 26 janvier 2018, http://www.panorama.com.ve/politica...

[32Eugenio Martínez, ¿Qué propuestas discutieron el gobierno y la oposición en República Dominicana ?, Prodavinci, 7 février 2018, https://prodavinci.com/que-propuest...

[33Chaque camp a choisi trois pays pour l’accompagner. Le gouvernement a choisi la Bolivie, le Nicaragua et Saint-Vincent-et-les-Grenadines. L’opposition le Mexique, le Chili et le Paraguay. Ce dernier pays n’a finalement pas participé pour des raisons internes.

[34Gobierno y oposición salen de República Dominicana sin acuerdo, Prodavinci, 7 février 2018, https://prodavinci.com/gobierno-y-o...

[35Le 13 mars 2018, Rex Tillerson a été démis de ses fonctions et remplacé par Mike Pompeo, directeur de la CIA.

[36L’ « accord » du gouvernement :http://minci.gob.ve/2018/02/gobiern.... Celui de l’opposition : http://www.unidadvenezuela.org/noti...,-propuesta-de-la-mud.

[37Foro Penal : “Al día de hoy el número de presos políticos es de 241 entre ellos 22 militares detenidos por el gobierno », Aporrea, 22 mars 2018, https://www.aporrea.org/ddhh/n32268...

[38Avancer la date de l’élection présidentielle n’est pas illégal mais rompt avec la tradition qui veut que les présidentielles soient organisées en décembre pour une entrée en fonction du vainqueur en février.

[39Selon le président dominicain Medina, le gouvernement vénézuélien voulait organiser l’élection présidentielle le 8 mars, l’opposition le 10 juin. Grâce à la médiation de Rodríguez Zapatero, les deux camps se seraient mis d’accord sur le 22 avril. Au final, cette élection a été fixée au 20 mai et couplée à celles retardées des conseils législatifs des 24 états du Venezuela et des conseils municipaux.

[40J. Lafuente & F. Manetto, Zapatero, el mediador imaginario en Venezuela, El País, 11 février 2018, https://elpais.com/internacional/20...

[41En janvier dernier, sept premières personnes ont été inclues dans la liste des responsables sanctionnés par l’Union européenne. La base juridique lui permettant de sanctionner individuellement des dirigeants vénézuéliens a été adoptée en novembre 2017. Cette première liste qui comprend notamment Diosdado Cabello, souvent qualifié de n°2 du régime, Tibisay Lucena, la présidente du pouvoir électoral, et Tarek William Saab, le procureur général de la République, était attendue pour fin 2017. Ces sanctions impliquent le gel de leurs actifs et interdit leur entrée sur le territoire européen.

[42Manuel Corro, Érika Farías : "A Venezuela la gobernamos nosotros o no la gobierna nadie », Contrapunto.com, 6 novembre 2017, http://contrapunto.com/noticia/erik...

[43Delcy Rodríguez : “Vamos por la conquista del poder económico », Aporrea/ AVN, 17 mars 2018, https://www.aporrea.org/economia/n3...

[44La CPI ouvre un examen préliminaire sur des crimes présumés aux Philippines et au Venezuela, ONU info, 8 février 2018, https://news.un.org/fr/story/2018/0...

[45Petare fue militarizado luego de varias horas de protesta por las cajas Clap, El Pitazo, 22 mars 2018, http://elpitazo.info/gran-caracas/p...

[46Lire à ce sujet Pedro Benítez, Entra en crisis la unidad cívico-militar que sostiene al gobierno de Nicolás Maduro, ALnavío, 19 mars 2018, https://alnavio.com/noticia/13173/a... ; ; Javier Mayorca, Crímenes sin Castigo Los presos verdes del presidente Maduro, Runrun.es, 22 mars 2018, http://runrun.es/opinion/342608/cri... ; ; Luis Manuel Esculpi, La rebelión de los centauros, Tal Cual, 20 mars 2018, http://talcualdigital.com/index.php...

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