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Du rôle des militaires dans la politique et l’économie au Venezuela

Au Venezuela, le rôle croissant des militaires dans l’économie et la politique va à l’encontre des objectifs d’un contrôle démocratique sur les secteurs de la Défense et de la Sécurité. Leur engagement accru dans le champ politique, notamment le rôle qui a été le leur dans la répression des protestations sociales et dans le domaine du renseignement, ainsi que leurs activités entrepreneuriales ont favorisé l’essor du militarisme. Avec pour résultat : un déficit institutionnel, une perte de confiance de la société envers les forces armées et la constitution d’une sorte de « socialisme militaire ».

Francine Jácome

11 mars 2019

L’essor du militarisme

Améliorer le contrôle démocratique des secteurs de la Défense et de la Sécurité a été un objectif dans plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Au Venezuela, durant ces dix-huit dernières années, le rôle croissant des militaires dans l’économie et la politique a été à rebours de cet objectif. L’axe central d’un tel contrôle réside dans une supervision, par les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, mais aussi par des organisations de la société civile et les médias, des activités militaires, de police et de renseignement [1]. Pour ce faire, trois conditions minimales sont requises : d’une part, ceux qui sont à la tête du ministère de l’Intérieur, de la Défense et des services de renseignement doivent être des civils. D’autre part, il faut que le contrôle, la supervision et le suivi des politiques et des budgets de la Défense et de la Sécurité soient exercés par le pouvoir législatif. Enfin, les conditions d’exercice, par les civils, de leur autorité sur la définition du rôle, de la mission et de l’action des forces armées, doivent être claires [2].

Pour promouvoir des systèmes démocratiques et un exercice du pouvoir fondés sur la Constitution et sur les lois, dans le cadre d’un Etat de droit, les efforts n’ont pas manqué en Amérique Latine. Pour autant, les presque deux décades du XXIe siècle ont vu, dans plusieurs de ces pays, apparaître et se développer des modèles de gouvernance autoritaire. Cela peut tout à fait se produire dans un cadre institutionnel qui, d’un point de vue formel, reste démocratique, mais où les gouvernements reposent sur un culte de la personnalité et sont de type caudilliste, ou bien si le soutien des forces armées est source d’un usage abusif du pouvoir. Le cas vénézuélien est emblématique à cet égard.

Après deux tentatives de coup d’État en 1992, l’élite politique actuelle, sous le leadership de l’ancien président Hugo Chávez, est arrivée au pouvoir suite à sa victoire électorale aux présidentielles de décembre 1998. C’est alors qu’a commencé, en différentes étapes, la construction d’une gouvernance autoritaire, accompagnée d’une militarisation croissante de la société. Dans les grandes lignes, on observe toutefois une certaine différence entre les deux mandats de Chávez (1999- 2013) et celui de Nicolas Maduro (2013- ...).

Hugo Chávez était issu des forces armées. Il fut d’abord l’un des principaux leaders du coup d’État manqué de 1992. Ensuite, son leadership charismatique lui permit d’intégrer le secteur militaire à son projet politique. Sa perspective était celle d’une union civico-militaire, qui s’est construite en deux étapes. La première, de 1999 à 2007, a consisté à favoriser l’émergence d’une élite économique, politique et militaire qui a développé une nouvelle conception de la Défense et de la Sécurité. Parallèlement au développement d’un discours sur l’« ennemi intérieur », les États-Unis, et notamment leur éventuelle intervention via la Colombie, ont été désignés comme une nouvelle menace potentielle. La seconde étape, de mi-2007 à 2013, celle du projet de « socialisme du XXIe siècle », a vu s’accentuer la politisation et l’engagement partisan de la Force armée nationale bolivarienne (FANB). Après la mort de Chávez, il y a eu une troisième étape, lorsqu’en avril 2013 Maduro a pris les rênes du pouvoir - le début de l’ère du « chavisme Chavisme Le terme « chavisme »est utilisé pour décrire le(s) courant(s) politiques revendiquant l’héritage de Hugo Chavez, décédé en 2013. sans Chávez ». N’ayant aucun ascendant sur la force armée, mais dépendant de plus en plus d’elle pour rester au pouvoir, le président Maduro lui a ouvert de nouveaux espaces, non seulement pour militariser encore plus le pouvoir, mais aussi pour lui donner un rôle économique plus important. On peut dire que le développement du rôle politique de l’armée prédomina sous Chávez, alors que sous Maduro ce qui a prédominé fut son intégration comme un acteur hégémonique dans l’économie et d’autres secteurs stratégiques du pays. C’est ainsi que le mot d’ordre chaviste de l’union civico-militaire dans la gestion du pays a débouché sur une gouvernance ouvertement autoritaire qui a placé le secteur militaire au centre de l’économie et de la politique. Cette militarisation de la société débuta dès 1999. Certains considèrent un tel processus comme l’exemple d’un nouveau type de régime militaire du XXIe siècle. Pour d’autres, ce modèle est celui de l’« Etat-caserne ». Sans vouloir entrer dans les débats théoriques qui s’imposent, il nous apparaît évident qu’au Venezuela, surtout depuis 2013, les militaires sont aux commandes de la société et de sa dynamique aussi bien politique qu’économique.

On peut dire que le développement du rôle politique de l’armée prédomina sous Chávez, alors que sous Maduro ce qui a prédominé fut son intégration comme un acteur hégémonique dans l’économie et d’autres secteurs stratégiques du pays.

Dans le présent article, les termes du débat sont posés dans trois domaines fondamentaux : d’abord le rôle des militaires au gouvernement, ensuite (leur rôle) en tant qu’entrepreneurs, et enfin, cet aspect moins connu qu’est leur participation, comme acteurs politiques, à la répression et au renseignement. Tout cela a conduit à un affaiblissement institutionnel et à une perte de crédibilité du secteur militaire. Des enquêtes récentes indiquent que 70% de la population n’a pas confiance dans la FANB ni dans les services de sécurité de l’Etat [3].

La politisation, l’idéologisation et l’engagement partisan de la FANB

Chávez s’est centré sur une conception traditionnelle de la Sécurité nationale, c’est-à-dire sur la nécessité de se défendre face aux menaces extérieures – fondamentalement, d’une intervention des Etats-Unis - à laquelle il a ajouté celle de se défendre par rapport aux « ennemis intérieurs », accusés d’être liés à des puissances étrangères. Le postulat d’un gouvernement civico-militaire a permis aux forces armées de soutenir plus avant, tant sur le plan légal que sur le plan pratique, le projet politique promu et incarné par Chávez. Les militaires en étaient un pilier dont toutefois Chavez, grâce à son leadership charismatique, ne dépendait pas. Maduro a ensuite renforcé cette conception centraliste de la sécurité, spécialement pour faire face à l’aggravation de la crise économique et sociale.

Les militaires en étaient un pilier dont toutefois Chavez, grâce à son leadership charismatique, ne dépendait pas

Ce processus a démarré par l’adoption de la Constitution de 1999. Les Forces armées y ont été rebaptisées Force armée nationale, ce qui impliquait un commandement unique. La nouvelle constitution a aussi instauré une « coresponsabilité » entre l’Etat et la société en matière de Défense et de Sécurité et a formellement incorporé aux fonctions militaires les tâches de collaborer à la sécurité intérieure et de participer au développement national. Le rôle de supervision par le pouvoir législatif a été supprimé au bénéfice de la présidence et l’armée a obtenu une plus grande autonomie par rapport au pouvoir civil, ce qui contrevient à l’un des principes fondamentaux du contrôle démocratique sur ce secteur.

Lors de cette première étape, la Force armée fut définie comme « bolivarienne ». En 2007, après sa réélection, Chávez leva l’étendard de la « révolution socialiste » et précisa le rôle des militaires dans sa défense. Il introduisit le slogan « Patrie, socialisme ou mort. Nous vaincrons  » (« Patria, Socialismo, o Muerte, Vencermos  »), qui enfreint l’article 328 de la Constitution de 1999, laquelle dit que la Force armée est une institution professionnelle sans appartenance politique. De plus, à partir de 2008, au moyen de lois habilitantes accordées par une Assemblée nationale où seul était représenté l’oficialismo Oficialista
Oficialismo
Oficialismo, le gouvernement. Oficialista, partisan du gouvernement.
[du fait du boycott par l’opposition des législatives de 2005, ndlr], le président mit en œuvre une série de réformes qui renforcèrent la politisation des militaires. Le 22 juillet 2008, il promulgua par décret la nouvelle Loi organique de la Force armée nationale bolivarienne. Cette loi, reformulée ensuite à plusieurs reprises par des décrets présidentiels, produisit des transformations non seulement dans la structure et la nature de l’institution militaire, mais aussi dans sa doctrine. Le terme « bolivarien » fut alors introduit afin de faire comprendre que la Force armée représenterait désormais le projet politique d’une partie du pays. Elle fut en outre définie comme un corps « patriotique, populaire et anti-impérialiste ».

Le terme « bolivarien » fut alors introduit afin de faire comprendre que la Force armée représenterait désormais le projet politique d’une partie du pays

Cette même loi fit aussi de la Milice nationale bolivarienne une nouvelle branche de la Force armée, alors qu’elle n’était considérée jusqu’alors que comme son complément, la Constitution de 1999 n’en ayant défini que quatre composantes (l’Armée de terre, la Marine, la Force aérienne et la Garde nationale). Cette milice dépend directement du président de la République et est également chargée de l’ordre intérieur. Un Commando stratégique opérationnel de la FANB, présidé également par le président, fut alors créé, limitant le ministre de la Défense à des fonctions essentiellement administratives. Ce changement important confirmait ainsi ce que l’on voyait se dessiner depuis plusieurs années, à savoir le caractère prétorien du régime qui était en train de s’instaurer et une séparation chaque fois de plus en plus confuse entre le domaine de la Défense et celui de la Sécurité publique, le tout dans le cadre d’une militarisation accrue de la société.

Durant le gouvernement du président Maduro, plus de 30% des portefeuilles ministériels ont été occupés par des militaires en active ou à la retraite. Plusieurs des ministères les plus importants – ceux de la Défense et de l’Intérieur – ont tous été dirigés par des militaires d’active, en totale contradiction avec les exigences d’un contrôle démocratique. Pourtant, malgré le poids des militaires dans les organes de sécurité publique, et bien qu’il n’y ait pas vraiment de chiffres officiels, on sait que la violence et le nombre d’homicides n’ont cessé d’augmenter chaque année. Les chiffres donnés par plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) qui observent la violence dans le pays, diffèrent de ceux qui sont communiqués par le pouvoir. Le ministre de l’Intérieur a ainsi annoncé, par un tweet, qu’en 2017 les homicides, au nombre de 14 389, avaient chuté de 15,2%. Il n’existe pourtant aucun rapport officiel qui corrobore cette affirmation. Par contre, l’Observatoire vénézuélien de la violence, qui présente chaque année un rapport dont la diffusion est publique, informe que durant la même période se sont produites 26 616 morts violentes, et indique qu’avec un taux de 89 homicides pour 100 000 habitants, le pays continue à être un des plus violents du monde [4]. Ajoutons, bien que ce soit une autre question, que les services de renseignement sont aux mains de militaires en active, qu’ils ne tiennent aucun compte des décisions des tribunaux et du Ministère public et qu’ils ne respectent pas la moindre norme de procédure garantissant la défense des droits humains. Le Servicio Bolivariano de Inteligencia Nacional (Sebin SEBIN Le Servicio Bolivariano de Inteligencia Nacional (Sebin) est la police politique vénézuélienne. Il a été créé en 2009 pour remplacer la DISIP. ) a ainsi refusé d’appliquer des décisions d’instances civiles et judiciaires. Selon l’ONG Foro Penal, il y avait, à la date du 28 janvier 2018, 231 prisonniers politiques ; dans son rapport de décembre 2017, l’ONG relevait que 760 civils avaient été, de manière absolument inconstitutionnelle, présentés et jugés par la Justice militaire [5].

Dans les actes d’accusations contre des opposants, ces derniers ont très souvent été qualifiés de « terroristes ». Durant tout le cycle de manifestations de 2017, et de fin 2017 à début 2018, lorsque des secteurs populaires ont protesté dans tout le pays contre les pénuries de produits alimentaires et de médicaments et contre les coupures d’eau et d’électricité, le président Maduro a déclaré : « Soyons fermes ! Celui qui prend les armes contre la République, la FANB va s’occuper de lui ; j’ordonne qu’elle le fasse avec toute sa puissance de feu.  » [6] Un plus grand pouvoir a été également, et indirectement, donné aux militaires aux niveaux régional et local. Lors des élections des gouverneurs en octobre 2017, que des leaders politiques et des analystes ont considéré comme frauduleuses, 8 des 19 fonctionnaires élus de l’oficialismo étaient des militaires à la retraite. Le gouvernement du président Maduro a ainsi associé le contrôle militaire avec une colonisation des pouvoirs locaux par le PSUV PSUV
Parti socialiste unifié du Venezuela
Le Parti socialiste unifié du Venezuela est le parti politique fondé en 2006 par Hugo Chavez pour remplacer le Mouvement Cinquième République.
. En outre, désireux de restreindre le pouvoir des autorités civiles, le président Chávez avait créé les Zonas de Defensa Integral (ZODI) ainsi que les Regiones Estratégicas de Defensa Integral (REDI) et les avait placées sous le commandement de militaires en active. Le 22 janvier 2018, le Comando de Abastecimiento Soberano (Commando d’approvisionnement souverain) a émis un décret interdisant aux autorités régionales et municipales de mener des actions relatives au contrôle et à la distribution de produits alimentaires, accentuant ainsi la mainmise militaire sur les pouvoirs décentralisés.

Sous la présidence de Maduro, au fur et à mesure que l’armée a pris de l’importance, les déclarations publiques de loyauté envers le projet socialiste se sont multipliées.

Sous la présidence de Maduro, au fur et à mesure que l’armée a pris de l’importance, les déclarations publiques de loyauté envers le projet socialiste se sont multipliées. A cette politisation s’est ajoutée, avec l’approfondissement de la crise économique, une croissance de l’emprise militaire, en particulier du Haut Commandement, sur l’économie. Pour conclure, on peut dire que le Venezuela est une parfaite illustration des risques que l’on encourt lorsque l’institution militaire est soumise à une emprise idéologique et mise au service d’un projet politique déterminé [7]. Les loyautés politiques et idéologiques peuvent engendrer de l’indiscipline, conduire à une rupture de la hiérarchie, et peuvent même générer en interne un schéma du type « ami/ennemi », provoquant frictions et divisions. C’est alors que les services de renseignement comme outil de contrôle en viennent à jouer un rôle prépondérant.

Le rôle économique des militaires

Après le décès de Chávez et l’élection de Maduro en avril 2013, alors que l’opposition contestait le comptage des votes, le gouvernement a eu besoin d’un soutien accru des militaires. Dès le début, le nouveau président a dû affronter une crise économique que le modèle d’économie rentière, étatique, extrêmement centralisée dont il avait hérité rendait inévitable. Au lieu d’engager des réformes, il a au contraire durci le système de contrôle, ce qui a aggravé la crise. Du fait de sa position de faiblesse, il lui a fallu concéder des espaces de pouvoir économique à chaque fois plus importants. Les déclarations, en 2013, de la ministre de la Défense, qui occupa ensuite différents postes après avoir pris sa retraite de la Force armée - elle est actuellement gouverneur de l’Etat de Lara -, ne laissent aucune place au doute : « Pour le président Maduro, la FANB est très importante, c’est la colonne vertébrale de ce qui se fait au gouvernement » [8].

Une analyse de la participation des militaires à l’économie du pays entre 2013 et 2017 confirme cette affirmation. Devenus non seulement acteurs politiques mais aussi acteurs économiques, les militaires ont été le soutien du gouvernement. Ce sont maintenant des entrepreneurs qui contrôlent les secteurs les plus importants de l’économie. Sous le mandat de Chávez, les militaires avaient déjà eu des activités dans le secteur économique ; dans le Plan Bolivar 2000, par exemple, qui était destiné à distribuer des produits alimentaires. On leur avait même accordé la présidence de la compagnie pétrolière d’Etat Petróleos de Venezuela PDVSA
Petróleos de Venezuela
Petróleos de Venezuela SA est la compagnie nationale publique de pétrole du Venezuela.
(PDVSA). Mais c’est sous la présidence de Maduro que leur rôle est devenu prédominant. Le contrôle du secteur de l’électricité, le métro de Caracas, les fabriques d’aluminium, de fer, les aciéries du sud du pays, ainsi que les ports et les douanes ont été attribués à des militaires d’active ou à la retraite. En 2013, quatre entreprises militaires ont été créées : la Banque de la FANB (BANFANB), une chaîne de télévision (TVFANB), l’entreprise EMILTRA (transport de fret aérien, maritime et terrestre) et l’entreprise agricole AGROFANB. En 2016, face à l’aggravation de la crise économique, le contrôle des militaires s’est étendu à des domaines stratégiques tels que l’alimentation et les ressources minières.

Liste des généraux chargés de la vente et de la distribution de 18 produits de base . La liste des généraux chargés de la vente et de la distribution de 18 produits de base. Cela va de la viande de bœuf aux rouleaux de papier hygiénique. El Nacional, septembre 2016. // El Nacional  //

Devant les graves pénuries de produits alimentaires et de médicaments, et face à d’autres problèmes touchant les services de base en matière d’éducation et de santé, le régime a décidé, en août 2016, de créer la Gran Misión Abastecimiento Soberano y Seguro (Grande mission d’approvisionnement souverain garanti) dirigée par le ministre de la Défense, un militaire d’active. Dans ce cadre, 18 généraux ont été chargés de l’achat, de l’importation et de la distribution de produits alimentaires et de médicaments considérés comme prioritaires. Il faut noter que, depuis 2004 déjà, sur les 11 ministres de l’Alimentation, 10 ont été des militaires. Pour autant, et malgré le contrôle de la Force armée, la situation de pénurie alimentaire et sanitaire n’a cessé d’empirer. On ne dispose pas de données officielles mais, début 2018, des experts calculaient que la pénurie dans le domaine de l’alimentation tournait autour de 80%. Ces pénuries alimentaires, en médicaments et en services de santé ont conduit, en 2017, plusieurs ONG à qualifier la situation « d’urgence humanitaire ».

Bien que la force armée n’ait pas fait montre d’une quelconque capacité à affronter ces problèmes essentiels, le gouvernement de Maduro a renforcé son poids dans les domaines stratégiques. Le 10 février 2016 fut créée la Compagnie Anonyme Militaire des Industries Minière, Pétrolière et de Gaz (CAMIMPEG Camimpeg Camimpeg, Compagnie anonyme militaire des industries minières, pétrolifères et gazières. Entreprise publique créée par décret présidentiel en mars 2016 ), qui a signé plusieurs conventions avec PDVSA. Un rôle important lui fut également donné dans l’Arco Minero del Orinoco Arc minier de l’Orénoque
Arco Minero del Orinoco
AMO
L’Arc minier de l’Orénoque, ce sont 111 843 km2 déclarés comme « zone de développement stratégique nationale » par le gouvernement Maduro en février 2016. Cette zone représente 12% du territoire vénézuélien et est plus grande que le Portugal. L’objectif du gouvernement est d’y développer l’exploitation minière - déjà existante - de manière industrielle en attirant les capitaux étrangers afin d’avoir une autre source de revenus face à l’effondrement de sa production pétrolière. Ce projet est notamment dénoncé pour mettre en danger la biodiversité, les principales sources d’eau douce du Venezuela et même la survie de plusieurs ethnies indigènes.
, sur lequel compte le gouvernement pour dépasser l’économie de rente pétrolière et diversifier son activité au travers de l’exploitation minière, dont l’or, le diamant et le coltan.

L’élite militaire en est ainsi venue à dominer le secteur le plus important de l’économie, celui qui apporte plus de 95% des recettes du budget national.

Le 26 novembre 2017, le pouvoir des militaires dans l’économie vénézuélienne s’est renforcé avec la nomination comme président de PDVSA et en même temps ministre de l’Energie, d’un général de la Garde nationale bolivarienne qui ne dispose d’aucune expérience en la matière. L’élite militaire en est ainsi venue à dominer le secteur le plus important de l’économie, celui qui apporte plus de 95% des recettes du budget national. Une investigation réalisée par le portail Armando.info a révélé que les activités économiques des militaires ne se limitent pas seulement au secteur étatique ou para-étatique. Il a été établi qu’au moins 785 officiers d’active ou retraités ont dirigé des entreprises qui ont conclu des contrats avec le gouvernement dans divers domaines, dont celui de la construction, de l’importation de produit alimentaires, de médicaments et de fournitures médicales. [9]

Affaiblissement et déprofessionnalisation de l’institution militaire

L’accroissement du rôle politique et économique des militaires durant ces 18 dernières années a provoqué une érosion du contrôle démocratique sur le secteur de la Défense et de la Sécurité. Comme on l’a signalé précédemment, la question de savoir si ce processus pourrait être considéré comme l’exemple d’un nouveau type de régime militaire est sujette à débats. Cependant, tant au niveau national qu’au niveau international, la déprofessionnalisation de la Force armée fait consensus. De même, on admet que les accusations selon lesquelles certains de ses membres - des militaires de haut rang, de rang moyen, mais également de simples soldats – sont impliqués dans des trafics de drogue et dans la contrebande d’essence, de produits alimentaires et de personnes, spécialement à la frontière avec la Colombie, sont fondées [10].

Cet affaiblissement institutionnel s’observe aussi à l’intérieur de l’institution, de plus en plus touchée par des vols dont se rendent coupables des membres de la troupe, par les abus de pouvoir, par des protestations quant au manque de nourriture qui se répandent jusque sur les réseaux sociaux. Il y a, dans ce secteur, une absence d’éthique, de respect des valeurs et des principes d’autant plus inquiétante que les cas d’impunité se sont multipliés.
Pour l’historien Tomas Straka, le président Maduro est confronté à trois défis : l’absence de soutien populaire, le désastre économique et le discrédit international [11]. Ce scénario, compte tenu du rôle très important des militaires dans la direction du pays, autorise nombre de leaders politiques et d’universitaires à considérer ce régime comme une dictature. Au cas où Maduro serait réélu en 2018 [12] [Cet article a été écrit avant l’élection du 20 mai 2018, ndlr], une question capitale sera celle du rôle des militaires dans l’appui au régime. Face à la perspective d’une inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. à cinq points et d’une chute de l’économie [en 2018] d’environ 15%, le rôle des militaires sera déterminant pour réprimer le mécontentement populaire, qui pourrait déboucher sur de la violence. Ils conserveront alors le contrôle (corrompu) qu’ils exercent déjà sur les produits alimentaires, les médicaments et d’autres services, mais ne pourrait-on pas s’attendre, de surcroît, à un renforcement de leur participation au trafic de drogue et au crime organisé international ?

Un autre scénario serait la possibilité d’une transition politique, qui préparerait le chemin de la reconstruction d’une gouvernance démocratique. Elle comporterait la mise en œuvre de stratégies pour un contrôle démocratique du secteur militaire par l’autorité civile, tant en matière de Défense qu’en matière de Sécurité publique. Mais, compte tenu du pouvoir politique et économique qu’ont jusqu’ici accumulé les militaires, la seule certitude que l’on puisse avoir aujourd’hui, c’est l’incertitude du futur.

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Francine Jácome

Francine Jácome

Francine Jácome est directrice de l'Institut vénézuélien d'études sociales et politiques (INVESP). Elle a participé à l'Observatoire du crime organisé et au Programme de coopération en matière de sécurité régionale en Amérique latine et dans les Caraïbes de la Fondation Friedrich Ebert (FES).

[1Thomas Breneau, Steven Boraz et Cristiana Matei : « Towards a New Understanding of Civil-Military Relations » en Fredy Rivera (ed.) : Seguridad multidimensional en América Latina, Flacso /Ministerio de Cultura, Quito, 2008.

[2Ibid.

[3Marco Tarre Briceño : « La corrupción militar y policial : un mal que crece en Venezuela » in InSight Crime, 23/9/2016.

[4« OVV : 26.616 personas murieron de forma violenta en 2017 », journal El Nacional, 28/12/2017.

[5Foro Penal Venezolano : « Reporte sobre represión en Venezuela. Diciembre 2017 », 20/1/2018.

[6« Maduro ordena a la FANB impedir el resurgimiento de los ‘grupos violentos’ », journal El Nacional 28/12/2017.

[7Diego Pérez, Galo Cruz y Lorena Paredes : Agenda para la reflexión política del sector seguridad y defensa : Elementos para la discusión sobre relaciones civiles-militares en Ecuador, Friedrich-Ebert-Stiftung-ildis, Quito, 4/2017.

[8« Meléndez : La FANB est la colonne vertébrale de notre gouvernement », video sur YouTube, 15/3/2014.

[10F. Jácome, « Crisis, seguridad y fuerza armada en Venezuela. Retos en la relación colombo venezolana », Documentos de Política Venezolana, No 11, Universidad del Rosario, Bogotá, 13/11/2017.

[11T. Straka, « Los retos del ‘chavo-madurismo’ », Nueva Sociedad, édition numérique, 12/2017.

[12On sait que Nicolás Maduro a été réélu en mai 2018, mais que le processus a été entaché de nombreuses irrégularités. La majorité de l’opposition a décidé de boycotter ces élections, ce qu’ont préconisé aussi d’autres personnes critiques vis-à-vis du régime – notamment Luisa Ortega Díaz, la Procureure générale en exil. L’élection, en mai 2018 de Nicolas Maduro n’a pas été reconnue par l’Assemblée nationale ni à l’extérieur par une quarantaine de pays. Parlant au nom de la Plate-forme pour la Défense de la Constitution, Edgardo Lander, dans un entretien publié par Médiapart le 15 février 2019, déclare : « Nous considérons que (Maduro) ce n’est pas un président ’constitutionnel’. Pourquoi ? Parce que depuis 2015, il a violé, pas à pas, la Constitution de manière toujours plus autoritaire. Le gouvernement n’a pas reconnu les résultats des élections législatives de 2015. [….]. L’Assemblée nationale constituante a été élue par des mécanismes électoraux qui ont violé les lois fondamentales de la Constitution. Maduro en est venu à gouverner par décrets depuis janvier 2016. C’est un gouvernement qui convoque des élections quand il veut, avec les partis qu’il veut. Nous avons de nombreuses raisons de dire qu’il ne représente pas la volonté du peuple. » (NdT)

[13Thomas Breneau, Steven Boraz et Cristiana Matei : « Towards a New Understanding of Civil-Military Relations » en Fredy Rivera (ed.) : Seguridad multidimensional en América Latina, Flacso /Ministerio de Cultura, Quito, 2008.

[14Ibid.

[15Marco Tarre Briceño : « La corrupción militar y policial : un mal que crece en Venezuela » in InSight Crime, 23/9/2016.

[16« OVV : 26.616 personas murieron de forma violenta en 2017 », journal El Nacional, 28/12/2017.

[17Foro Penal Venezolano : « Reporte sobre represión en Venezuela. Diciembre 2017 », 20/1/2018.

[18« Maduro ordena a la FANB impedir el resurgimiento de los ‘grupos violentos’ », journal El Nacional 28/12/2017.

[19Diego Pérez, Galo Cruz y Lorena Paredes : Agenda para la reflexión política del sector seguridad y defensa : Elementos para la discusión sobre relaciones civiles-militares en Ecuador, Friedrich-Ebert-Stiftung-ildis, Quito, 4/2017.

[20« Meléndez : La FANB est la colonne vertébrale de notre gouvernement », video sur YouTube, 15/3/2014.

[22F. Jácome, « Crisis, seguridad y fuerza armada en Venezuela. Retos en la relación colombo venezolana », Documentos de Política Venezolana, No 11, Universidad del Rosario, Bogotá, 13/11/2017.

[23T. Straka, « Los retos del ‘chavo-madurismo’ », Nueva Sociedad, édition numérique, 12/2017.

[24On sait que Nicolás Maduro a été réélu en mai 2018, mais que le processus a été entaché de nombreuses irrégularités. La majorité de l’opposition a décidé de boycotter ces élections, ce qu’ont préconisé aussi d’autres personnes critiques vis-à-vis du régime – notamment Luisa Ortega Díaz, la Procureure générale en exil. L’élection, en mai 2018 de Nicolas Maduro n’a pas été reconnue par l’Assemblée nationale ni à l’extérieur par une quarantaine de pays. Parlant au nom de la Plate-forme pour la Défense de la Constitution, Edgardo Lander, dans un entretien publié par Médiapart le 15 février 2019, déclare : « Nous considérons que (Maduro) ce n’est pas un président ’constitutionnel’. Pourquoi ? Parce que depuis 2015, il a violé, pas à pas, la Constitution de manière toujours plus autoritaire. Le gouvernement n’a pas reconnu les résultats des élections législatives de 2015. [….]. L’Assemblée nationale constituante a été élue par des mécanismes électoraux qui ont violé les lois fondamentales de la Constitution. Maduro en est venu à gouverner par décrets depuis janvier 2016. C’est un gouvernement qui convoque des élections quand il veut, avec les partis qu’il veut. Nous avons de nombreuses raisons de dire qu’il ne représente pas la volonté du peuple. » (NdT)

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  • Daniel Bourdon, pour Barril.info

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