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Le monde divisé par le Venezuela

Rafael Rojas

8 février 2019

Ceux qui façonnent leur vision du monde à partir de Telesur TeleSUR TeleSUR est une chaîne télévisée d’info en continu lancée en 2005 à l’initiative du Président vénézuélien Hugo Chávez. Son siège est au Venezuela.

Voir en ligne : www.telesurtv.net/
, Granma Granma Granma est le quotidien du Parti communiste cubain. Il tire son nom du yacht du même nom, qui fut utilisé par Fidel Castro et 81 autres rebelles pour aller à Cuba en 1956 et lancer la Révolution cubaine. et d’autres médias de la gauche autoritaire latino-américaine sont convaincus que ce qui s’est passé ces dernières semaines est que Donald Trump a décidé d’envahir le Venezuela pour voler son pétrole.

À cette fin, il a demandé aux gouvernements occidentaux, qui sont ses « laquais » ou ses « marionnettes » - selon Nicolás Maduro, « Justin Trudeau ne gouverne pas le Canada » - de reconnaître Juan Guaidó, leader de l’Assemblée nationale de ce pays, comme président intérimaire.

Il faudrait revenir un peu en arrière pour nous convaincre que ce n’est pas ce qui s’est passé. Trump, qui s’est présenté à la présidence avec le soutien de Vladimir Poutine, l’allié de Nicolás Maduro, et sous les bonnes augures des gouvernements bolivariens, dont les relations avec Barack Obama et Hillary Clinton étaient très conflictuelles, ne s’est jamais intéressé à la question vénézuélienne. Il l’a fait tardivement lorsque les voies de la négociation semblaient épuisées et sous la pression du lobby législatif cubano-américain.

Quoi qu’en disent Maduro ou Trump, la complexité de la crise vénézuélienne revient à la surface. Au moins cinq ou six positions sur le Venezuela ont été prises au cours des derniers jours. D’un côté, il y a Trump et ses collègues agressifs, John Bolton, Michael Pence, Elliot Abrams, qui « n’excluent pas une option militaire ». D’autre part, le Canada et le Groupe de Lima Groupe de Lima Groupe fondé en août 2017, pour faire un suivi et trouver une sortie à la crise vénézuélienne. En font partie l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Pérou, le Guyana et Sainte-Lucie. , y compris les deux gouvernements voisins de droite, le brésilien et le colombien, alliés éventuels de cette prétendue invasion, qui viennent de déclarer à Ottawa [réunion du groupe de Lima, ndlr] qu’ils n’appuient pas une solution militaire.

 
Face à eux, il y a l’Union européenne, le Mexique et l’Uruguay, réunis à Montevideo pour relancer le dialogue entre l’opposition et le gouvernement vénézuélien. Une bonne partie des États européens ont reconnu Guaidó, mais ils ne cessent d’appeler de leurs vœux un accord basé sur l’engagement à organiser des élections anticipées. Certains gouvernements européens, comme l’Italie, ne reconnaissent pas le « président intérimaire », bien qu’ils sympathisent avec l’idée d’un nouveau processus électoral.
 
La position du Mexique et de l’Uruguay en appelant à des négociations pour mettre fin à la « détérioration des droits de l’homme », à la « crise humanitaire » et à la possibilité d’un conflit armé, est différente de celle des gouvernements cubain, bolivien et nicaraguayen, qui sont plus que des alliés de la cause de Maduro. La position de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de la Turquie, d’autre part, ne peut être pleinement assimilée à aucune de ces positions, car ces pays subordonnent leurs liens avec le Venezuela au conflit avec les États-Unis.
 
Le monde qui se divise aujourd’hui sur le Venezuela est loin d’être cette communauté satellite de Washington qui cherche une intervention militaire dans le pays sud-américain. Au contraire, il semble au contraire qu’il s’agisse d’un groupe de nations et de régions qui, pour la plupart, souhaitent une solution démocratique et pacifique à une crise générée, en premier lieu, par le gouvernement de Nicolás Maduro.
 
[Informations complémentaires de la rédaction : l’Union européenne est à l’initiative d’un groupe de contact - intégré aussi par des pays latino-américains - visant à faciliter un dialogue pour organiser des élections anticipées. Ce groupe a commencé ses travaux à Montevideo. Parallèlement, le Mexique, l’Uruguay, les pays de la Caricom Caricom
Communauté des Caraïbes
The Caribbean Community and Common Market, Marché commun et Communauté des Caraïbes, CARICOM.

La communauté des Caraïbes est née en août 1973. Elle réunit 15 pays et territoires associés : Antigua et Barbuda, Bahamas, Barbade, Belize, République dominicaine, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, Montserrat, Saint-Christophe et Nievès, Saint-Vincent et les Grenadines, Suriname, Trinidad et Tobago.
et la Bolivie ont lancé le « Mécanisme de Montevideo » qui visent à rapprocher les parties sans imposer un agenda ou une solution.]

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Rafael Rojas

Rafael Rojas

Historien, essayiste et expert en relations internationales. Professeur au CIDE. Cubain, résidant au Mexique.

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