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Appel

En soutien à la recherche scientifique, au professeur Keymer Ávila et face à la violence policière au Venezuela

15 décembre 2019

Depuis quelques jours, le professeur Keymer Ávila est la cible d’une campagne de stigmatisation lancée depuis le quotidien de la Mairie de Caracas, Ciudad CCS, à coup d’accusations infondées qui visent discréditer et criminaliser les résultats de recherches indépendantes sur une problématique qui est des plus cruciales pour le devenir des sociétés latino-américaines. Des campagnes de dénigrement similaires ont déjà été menées par le passé contre des organisations qui s’emploient à dénoncer la violation systématique du droit à la vie et à l’intégrité personnelle au sein des secteurs populaires vénézuéliens.

Ces campagnes recourent à une supercherie argumentative classique : chercher à délégitimer le messager de sorte à esquiver tout débat sur des questions fondamentales et à laisser dans l’ombre la vérité implacable véhiculée par son message.

Face à cette attaque, en tant qu’enseignants et chercheurs universitaires travaillant dans différents domaines, nous revendiquons et défendons la préservation de l’une des principales raisons d’être de notre vocation et de nos activités : la production scientifique de données, de matériaux et preuves susceptibles d’alimenter le débat public sur la construction du vivre ensemble. Nous tenons à souligner la reconnaissance académique dont témoigne la trajectoire professionnelle de Keymer Ávila, et nous nous unissons à la clameur de toute une série d’organisations de tendances politiques diverses qui dénoncent les abus systématiques de la force létale dont les secteurs populaires vénézuéliens ont été victimes au cours des dernières années.

Nous tenons aussi à mettre en exergue les points suivants :

Dans cette campagne de dénigrement, rien n’est dit du fait que depuis 2015, année où ont été lancés les dispositifs militarisés connus sous le nom d’ « Opérations de libération du peuple », suivis [en 2016] par la création des Forces d’actions spéciales de la Police nationale (FAES), le gouvernement a mis en œuvre une politique extrêmement meurtrière à l’encontre des secteurs les plus paupérisés et vulnérables du pays.

Il suffit de consulter les chiffres officiels publiés par le ministre de l’Intérieur Nestor Reverol pour constater l’augmentation substantielle des morts violentes recensées sous la figure de la « résistance à l’autorité », avec plus de 4 900 cas chaque année depuis 2016. L’ampleur de cette augmentation, et les enquêtes de terrain menées par différentes organisations et chercheurs, ont permis de mettre en évidence le fait que les exécutions extrajudiciaires sont devenues une pratique d’État ordinaire visant la population pauvre, et tout particulièrement les hommes jeunes des quartiers populaires.

L’ensemble des témoignages de celles et ceux qui ont été les victimes des opérations policières font ressortir la violence démesurée à laquelle sont exposées les communautés, les familles, les mères, les filles et les fils des jeunes assassinés. À cela s’ajoute le fait que l’État vénézuélien s’est employé à nier cette réalité, et partant, à ignorer la question de la réparation et de la restauration des droits des personnes affectées par la politique de “tolérance zéro”.

Le rapport du «  Groupe de suivi de l’usage de la force létale en Amérique latine », qui est au rang des cibles de la campagne sur laquelle nous alertons aujourd’hui, est le produit de l’initiative de chercheurs et universitaires reconnus travaillant au Mexique, en Colombie, au Salvador, au Brésil et au Venezuela. Dans le chapitre sur ce dernier pays, à charge du professeur Ávila, est présenté un ensemble d’indicateurs élaboré à partir de deux sources : d’un côté, les chiffres du ministère de l’Intérieur, qui permettent d’apprécier l’ampleur du phénomène étudié ; de l’autre, le recueil systématique par le chercheur de données sur la base d’un échantillon de cas tirés de sources secondaires, dont le paramétrage s’avère – au vu de sa taille comme de sa congruence avec les sources officielles – parfaitement conforme aux standards méthodologiques en vigueur pour la mesure des rapports entre indicateurs quantitatifs en sciences sociales. La validité scientifique de l’enquête en question ne fait aucun doute.

Keymer Ávila est enseignant en premier et second cycles à l’Université centrale du Venezuela (UCV) et chercheur au sein de son Institut de Sciences pénales (ICP). Il est l’auteur de multiples publications, tant dans des revues scientifiques que dans des médias participant de la vulgarisation du savoir académique. Il a également été consultant auprès du Ministère public et du Conseil général de la Police, ainsi que de diverses ONG nationales et internationales de défense des droits humains.

Nous considérons que la production et la diffusion de savoirs empiriquement fondés s’avèrent plus que jamais indispensables dans l’actuel contexte latino-américain, où les peuples réclament des améliorations significatives des systèmes politiques et institutionnels nationaux, allant dans le sens de plus de démocratie et d’un exercice effectif de leurs droits civiques, politiques, économiques, sociaux et culturels.

Ce communiqué vise à témoigner du large soutien dont jouit le travail du professeur Ávila, et nous souhaitons le diffuser auprès de l’ensemble des secteurs sociaux désireux de se l’approprier. Ceux qui cherchent à attaquer ses recherches ne portent pas seulement tort à l’université ou aux organisations sociales qui contribuent à visualiser l’intensité de la violence institutionnelle ; leur campagne de dénigrement est une grave agression contre la nation vénézuélienne, contre sa population la plus pauvre, et contre toutes les personnes et communautés victimes des pratiques d’extermination déployées par les corps répressifs de l’État. Loin de « défendre un projet national », ces attaques n’ont d’autre effet que de légitimer, renforcer et encourager la production massive de morts violentes au Venezuela, ainsi que la profonde souffrance humaine qui en résulte pour des milliers de Vénézuéliens.

Nous appelons d’urgence à la tenue d’un débat approfondi et responsable sur les morts perpétrées par l’État, ainsi qu’à la nécessité impérative d’instaurer des mécanismes d’établissement de la vérité et de réparation pour les victimes. Toute notre solidarité avec le professeur Keymer Ávila et avec toutes celles et ceux qui travaillent et luttent pour recenser, dénoncer et résister à cette vague de violence institutionnelle létale. Toute notre solidarité et notre empathie, enfin et tout particulièrement, avec les survivants de cette violence, avec les mères et les proches des victimes dont les vies dont été fauchées par la terreur d’État.


Premiers signataires

Verónica Zubillaga, Socióloga, Profesora de la Universidad Simón Bolívar ; Edgardo Lander Edgardo Lander Edgardo Lander est membre de la Plateforme de défense de la Constitution, professeur à la retraite de l’Université centrale du Venezuela (UCV). Il fait partie du groupe de travail permanent de la Fondation Rosa Luxembourg (bureau de Quito). Il travaille sur les alternatives au développement et est associé au Transnational Institute dont le siège se trouve Amsterdam. , Profesor Titular jubilado de la UCV ; Manuel Llorens, Profesor de la Universidad Católica Andrés Bello (UCAB), miembro de la Red de Activismo e Investigación por la Convivencia (REACIN) ; Andrés Antillano, Instituto de Ciencias Penales de la UCV ; Héctor Silveira, Profesor de Filosofía del Derecho, Universitat de Barcelona (UB) ; Iñaki Rivera Beiras, Profesor Titular de la UB, Director del Observatorio del Sistema Penal y los Derechos Humanos (OSPDH) de la misma universidad ; Ignacio Anitua, Profesor Titular de derecho penal y política criminal, UNPAZ-Universidad de Buenos Aires (UBA) ; Máximo Sozzo, Profesor de Sociología y Criminología de la Universidad Nacional del Litoral ...

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