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Election présidentielle

Venezuela : comment le chaviste Maduro a patiemment bâti le « madurisme »

L’élection présidentielle aura lieu ce dimanche 20 mai au Venezuela. La crise économique met à genoux les Vénézuéliens, d’importantes manifestations ont secoué le pays l’an passé mais malgré son impopularité, Nicolas Maduro peut remporter le scrutin. Le président, au pouvoir depuis 2013, possède une capacité certaine à la résilience, et à la répression de toute contestation.
Un article de Mediapart, reproduit avec leur autorisation.

« Du 22 avril au 20 mai, nous écrirons la nouvelle histoire et le 20 mai nous aurons la grande victoire qui surprendra le monde.  » Voilà ce qu’a déclaré, sûr de lui, le président Nicolas Maduro lors d’un direct sur Facebook. Malgré son impopularité, il pourrait en effet remporter l’élection présidentielle dont la campagne a débuté officiellement le dimanche 22 avril. Les Vénézuéliens désigneront aussi les conseils législatifs des États qui composent le Venezuela et les conseils municipaux [1]. Nicolas Maduro arrive à se sortir des situations les plus périlleuses et les plus rocambolesques. L’organisation même de cette élection le prouve.

Le bulletin de vote de l'élection présidentielle de ce 20 mai 2018

Après l’échec des négociations entre le gouvernement et des partis de l’opposition, la coalition antichaviste Mesa de la Unidad Democrática (Table de l’unité démocratique, MUD) a décidé de boycotter le scrutin, jetant un peu plus de discrédit sur cette élection qui se déroule généralement en décembre, et qui a été avancée au 22 avril avant d’être fixée le 20 mai.

Pour la MUD, les conditions ne sont pas réunies pour organiser des élections propres. Elle demande, entre autres, un rééquilibrage des forces au sein du Conseil national électoral Conseil national électoral
Consejo Nacional Electoral
CNE
Le Conseil national électoral est un pouvoir public autonome. C’est l’institution chargée de garantir et superviser le déroulement de tous les processus électoraux.
(CNE), un égal accès aux médias privés et publics ou encore de revenir sur l’interdiction faite aux partis Voluntad Popular et Primero Justicia de présenter des candidats.

Mais quatre autres candidats sont en lice, dont l’ancien gouverneur de l’État de Lara, Henri Falcón, qui était pourtant membre de la MUD. Les Maduristes peuvent ainsi mettre en avant la multiplicité des postulants, contredire la communication des opposants et revêtir les habits de démocrates : il y aurait le choix entre des hommes souvent inconnus du grand public, parfois d’anciens chavistes, et le président en exercice.

Sur le papier, Falcón est le candidat parfait pour Maduro. Il est une figure assez importante sur la scène politique nationale pour être pris au sérieux sans pour autant avoir les moyens de lui faire de l’ombre. Son ancrage est surtout régional et il ne possède pas assez de ressources militantes pour rivaliser avec la machine électoraliste maduriste.

Henri Falcon, principal candidat à la présidentielle d'une opposition désunie  // © Anthony Ascer Aparicio / Contrapunto  //

Cet ancien chaviste, fondateur du parti Avanzada Progresista Avanzada Progresista Parti politique vénézuélien de centre gauche fondé en 2012 par Henri Falcón. Cet ex gouverneur de l’état de Lara a quitté les rangs du PSUV en 2010 pour se rapprocher des l’opposition. , animait l’aile gauche de la MUD. Falcón n’est ni apprécié par l’électorat chaviste, qui voit en lui un traître, ni par leurs adversaires, qui dénoncent son opportunisme. Lui espère opérer la jonction entre les adversaires de la « révolution bolivarienne », fatigués de la MUD, et les chavistes « critiques ». L’impasse politique et économique dans laquelle se trouvent les Vénézuéliens pourrait finalement jouer en sa faveur. Un sondage de Datanálisis, réalisé le 19 et 20 mars et dévoilé par Falcón lui-même, le donne gagnant.

« Hugo Chávez affrontait les problèmes. Nicolas Maduro les annule »

Nicolas Maduro, lui, garde confiance. Peu d’analystes auraient parié sur une telle longévité, vu les turbulences qui se sont succédé depuis son élection en 2013. Les vastes manifestations qui ont secoué le pays entre avril et juillet dernier, où au moins 124 personnes ont trouvé la mort, auraient pu emporter de nombreux gouvernements ; pas celui de Maduro, qui demeure ferme. L’élection d’une Assemblée nationale constituante uniquement chaviste le 30 juillet 2017 a brutalement mis fin à la contestation et les maduristes ont ensuite enchaîné des victoires : les élections régionales en octobre puis les municipales en décembre. Le scrutin de mai pourrait porter l’estocade.

La confiance dans les institutions et le processus électoral est définitivement cassée. La crise économique qui secoue sur le pays, et a obligé plusieurs millions de Vénézuéliens à s’exiler, ne fait pas non plus dévier le président de son autoritarisme et de son choix de tenter de payer la dette plutôt que d’importer des aliments. « Hugo Chávez affrontait les problèmes. Nicolas Maduro, non, il les annule », explique un ancien membre du gouvernement sous Hugo Chávez, qui souhaite rester anonyme.

Caisses d'aliments distribuées par les CLAP  // © AVN  //

Tout l’État marche au pas de Maduro. Celui-ci peut compter sur l’appui des institutions étatiques, du Tribunal suprême de justice Tribunal suprême de justice
TSJ
La Cour suprême du Venezuela.
au Conseil national électoral, qui appuient généralement ses décisions. Toujours sous couvert de légalité et de constitutionnalité, des partis sont écartés, des personnalités politiques sont déclarées inéligibles, quand ils ne sont pas emprisonnés. L’ONG Foro Penal comptabilise 235 prisonniers politiques. Un chiffre qui a explosé lors des manifestations de l’an dernier et qui tend à diminuer.

À cette stratégie maduriste tout en force s’ajoute une politique clientéliste toujours plus visible. Le cas du jambon de Noël, notamment, est resté en travers de la gorge de nombreux Vénézuéliens. Avant les élections municipales, Maduro avait promis l’ajout d’un jambon aux sacs de denrées alimentaires distribués à un prix modique, le CLAP CLAP Comités locaux d’approvisionnement et de production, Comités Locales de Abastecimiento y Producción, CLAP . Alors qu’il est toujours plus difficile pour les plus modestes de manger trois fois par jour, l’annonce avait de quoi réjouir. Pour obtenir ce panier amélioré, il fallait posséder le « carnet de la patrie ». Des bureaux d’enregistrement pour obtenir ce précieux sésame ont été installés à proximité des lieux de vote. Mais le jambon n’est jamais arrivé au Venezuela. Maduro a accusé le Portugal et la Colombie de retenir la marchandise.

« Hugo Chávez n’était pas non plus un homme consensuel, rappelle l’ancien membre du gouvernement interrogé par Mediapart. Il créait suffisamment de tensions politiques pour avancer. Il ouvrait les conflits quand il savait qu’il allait les gagner. Avec Nicolas Maduro, c’est différent. Il est dans la fuite en avant. » Cette stratégie de maintien au pouvoir en mode bulldozer de ce colosse d’un mètre quatre-vingt-dix ne colle pas forcément avec le portrait parfois burlesque qui est dressé de lui.

Nicolas Maduro face à un portrait de Hugo Chávez  // © Albaciudad  //

Lors de la campagne de 2013, Nicolas Maduro avait assuré que l’esprit de Hugo Chávez lui était apparu sous la forme d’un petit oiseau rouge. Il croit en la réincarnation et cela transparaît dans des slogans comme « Chávez vit ». Influencé par son épouse Cilia Flores, il a voyagé en Inde en 2005 afin de rencontrer le gourou indien Sathya Sai Baba. Ses discours et allocutions font souvent allusion à ces croyances syncrétiques assumées. Le 27 février, il demandait la bénédiction du « seigneur Jésus-Christ » et du « commandant suprême », c’est-à-dire Hugo Chávez.

S’imposer au sein de l’appareil chaviste

L’autoritarisme frontal pour se débarrasser de l’opposition traditionnelle ou les moqueries dont Maduro fait l’objet cachent mal les manœuvres moins visibles et planifiées qui assoient son pouvoir. Patiemment, il est parvenu à placer ses pions au sein de l’appareil chaviste.

Lors des absences répétées de Hugo Chávez en 2012 et 2013, qui voyageait régulièrement à Cuba pour soigner son cancer, le pays était piloté par un petit groupe de fidèles du défunt président. « C’était un gouvernement collectif, avec différentes voix, qui dirigeait le pays jusqu’en 2015. Nicolas Maduro savait que son aura était moindre », que son prédécesseur, note l’analyste politique Dimitris Pantoulas, qui réside au Venezuela.

Parmi ces fidèles, citons Jorge Giordani Jorge Giordani Jorge « El Monje » Giordani a été ministre de la Planification à quatre reprises sous Hugo Chavez et puis sous Nicolas Maduro. Il a été destitué en 2014 et est devenu un critique de la gestion économique du successeur d’Hugo Chavez. , inamovible ministre de la planification de 1999 à 2014, Elias Jaua, vice-président de 2010 à 2012 et ministre des affaires étrangères en 2013 et 2014, Rafael Ramirez, patron de la puissante entreprise publique minière PDVSA PDVSA
Petróleos de Venezuela
Petróleos de Venezuela SA est la compagnie nationale publique de pétrole du Venezuela.
de 2004 à 2014, Diosdado Cabello, président de l’Assemblée nationale de 2012 à 2016, et l’épouse de Nicolas Maduro, Cilia Flores, qui a dirigé la Procuraduría General de la République [2] en 2012 et 2013 et présidente de l’Assemblée nationale de 2006 à 2011, dont les membres de la famille irriguent tous les étages de l’État vénézuélien.

Maduro ne s’est pas immédiatement distingué au sein de cette avant-garde chaviste. Mais son poste de ministre des Affaires étrangères, qu’il a occupé de 2006 à 2013, lui a offert plusieurs avantages : il a travaillé en étroite collaboration avec le régime cubain, renforcé les liens avec l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad ou la Syrie de Bachar al-Assad et développé les échanges avec la Russie et la Chine.

Suivant les plans de son mentor, il est l’un des artisans de ce qui était alors qualifié de « réussites » du chavisme Chavisme Le terme « chavisme »est utilisé pour décrire le(s) courant(s) politiques revendiquant l’héritage de Hugo Chavez, décédé en 2013.  : créer des alliances régionales capables de contrebalancer l’influence étasunienne. Il soutient et développe les liens entre les pays latino-américains avec l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA ALBA L’ALBA, ou l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, est une organisation politique, sociale et économique de coopération entre des pays de gouvernements progressistes d’Amérique latine et des Caraïbes. Elle est née en 2005 à l’initiative de Cuba et du Venezuela, comme alternative à l’ALCA (ZLEA en français, Zone de libre-échange des Amériques, alors impulsée par Washington). ) ou Petrocaribe Petrocaribe Initiative du Venezuela qui permet à 14 pays de la Caraïbe, étranglés par les prix internationaux des hydrocarbures, d’acheter leur pétrole au Venezuela à tarif préférentiel (avec facilités de paiement et crédits pouvant aller jusqu’à 25 ans). , une alliance économique permettant l’échange de biens ou de services contre du pétrole vendu à un prix préférentiel. Le Venezuela est alors un acteur incontournable de la scène diplomatique sud-américaine. La crise économique, la chute du prix du baril et la baisse de la production de pétrole ont bien amoindri ce rayonnement.

En partie grâce à cette expérience, Maduro est alors perçu comme une figure « conciliatrice », diplomate et capable de jeter des ponts entre les différentes chapelles du chavisme. Son poste, avec les voyages qu’il supposait, l’a tenu éloigné des guerres intestines. « Il ne cherche pas à s’imposer, n’est pas dans une stratégie d’opposition. Il cherche à se maintenir », note Dimitris Pantoulas. Le ton change en 2016 avec l’arrivée d’une Assemblée nationale bien décidée à en découdre avec le gouvernement. « La menace plus forte de l’opposition renforce Nicolas Maduro au sein du chavisme. C’est à ce moment-là qu’il s’impose.  »

Autour du président, de droite à gauche, le vice-président Tarek El Assaimi, son épouse Cilia Flores, Delcy Rodriguez, présidente de la Constituante, et Diosdado Cabello, son allié et rival.  // © AVN  //

Aujourd’hui, de l’élite chaviste prête à gouverner unie à la mort de Chávez, il reste peu de maduristes. Jorge Giordani a été évincé du gouvernement en juin 2014. Un message posté le lendemain, intitulé « Témoignage et responsabilité devant l’histoire », a largement été partagé sur les réseaux sociaux. L’ancien ministre de la planification revient sur les désaccords économiques et politiques avec le président, dont il regrette le manque de charisme et de cohérence.

Rafael Ramirez est quant à lui persona non grata. Placardisé au poste d’ambassadeur du Venezuela à l’ONU depuis 2014, il a démissionné « à la demande du président  » en décembre 2017. Après avoir vu des proches poursuivis pour corruption au sein de l’entreprise publique pétrolière, il est à son tour inquiété par l’ouverture d’une enquête pénale.

La massue s’abat sur tous chavistes qui franchissent le Rubicon et rejoignent l’opposition.

Le 13 mars, le général de réserve Miguel Rodriguez Torres, ancien ministre de l’intérieur et de la justice de Maduro, était ainsi arrêté pour avoir « porté atteinte à la patrie ». Il participait activement au Frente Amplio Venezuela Libre Frente Amplio Venezuela Libre
Frente Amplio
Front élargi pour un Venezuela libre
Le Frente Amplio Venezuela Libre, ou Front élargi pour un Venezuela libre, est une plateforme d’opposition au gouvernement Maduro créée en mars 2017, à deux mois d’une élection présidentielle contestée. Face à la division de la MUD, la coalition d’opposition, ce Front a pour objectif de rassembler les mécontents du gouvernement au-delà des partis politiques. Y participent notamment différentes associations et ONG, des syndicats et des chavistes « dissidents ».
, une nouvelle et vaste organisation politique qui regroupe la MUD, des intellectuels, des chavistes critiques, des syndicats… et qui demande des élections libres et transparentes. Cette plateforme tente de donner un nouveau souffle à la contestation.

La compétition entre Maduro et le puissant Diosdado Cabello est, elle aussi, de plus en plus visible. « La première dispute est intervenue lors de la désignation de Delcy Rodriguez comme présidente de l’Assemblée nationale constituante. Diosdado Cabello voulait la présidence. Poussé par ses appuis, il souhaitait aussi être candidat à la présidentielle. Il a préféré préserver l’unité », raconte l’ancien membre d’un gouvernement de Chávez. Le Parti socialiste unifié du Venezuela PSUV
Parti socialiste unifié du Venezuela
Le Parti socialiste unifié du Venezuela est le parti politique fondé en 2006 par Hugo Chavez pour remplacer le Mouvement Cinquième République.
(PSUV) a désigné sans surprise Maduro comme son candidat le 2 février.

Cabello, qui était un possible candidat à la succession de Chávez, toujours partisan des solutions les plus radicales contre l’opposition et qui traîne une réputation sulfureuse, pourrait à terme gêner le président. L’armée, en particulier, est le théâtre de ces rivalités.

« Il est en train de construire sa propre équipe »

L’accession puis le maintien au pouvoir ne peuvent se faire sans l’appui de l’armée. Maduro est parvenu à mettre un pied au cœur de cette institution dont il faut s’assurer la fidélité en temps troublés. « C’est Nicolas Maduro qui contrôle l’armée et non le contraire. Il serait faux de croire que l’armée a le pouvoir », affirme Sebastiana Barraez, journaliste vénézuélienne spécialiste de la défense.

Le président a pu compter sur Vladimir Padrino López, ministre de la Défense depuis 2014. Avant son arrivée à ce poste, « l’armée était composée de nombreux groupes à la tête desquels se trouvaient des petits chefs qui jouissaient d’une parcelle de pouvoir », décrit Sebastiana Barraez. Diosdado Cabello profitait de la plus grande « parcelle de pouvoir ». Vladimir Padrino est parvenu à devenir « le superchef ».

Nicolas Maduro et Vladimir Padrino Lopez, ministre de la Défense  // © AVN  //

Selon la journaliste, le militaire s’est hissé au sommet « par le mérite », à la différence de beaucoup d’officiers qui ont été récompensés pour leur sympathie au pouvoir. « Il a monté les échelons petit à petit, il a exercé dans les régions frontalières, il vient de l’infanterie, n’a pas exercé de charge administrative et n’a pas la réputation d’être corrompu : autant de qualités qui font qu’il a gagné le respect des forces armées dont il peut assumer le contrôle à défaut d’être un leader », explique Sebastiana Barraez.

Ce « contrôle » n’est néanmoins pas total. Sur les 137 personnes emprisonnées pour rébellion et/ou trahison à la patrie répertoriées par la journaliste, 86 sont des militaires actifs ou à la retraite. La plupart ne sont pas des hauts gradés, à quelques exceptions notables comme le général Raúl Isaías Baduel.

L’arrivée sur la scène politique de Vladimir Padrino Lopez, inconnu du grand public il y a cinq ans encore, dévoile un autre pan de la stratégie de Maduro : « Il est en train de construire sa propre équipe », soutient Dimitris Pantoulas. Il peut compter sur son épouse Cilia Flores, « sa conseillère et influente au sein du palais présidentiel ».

Les Rodríguez, frère et sœur, sont également aux premières loges : ministre de la Communication, Jorge fut désigné pour « négocier » avec l’opposition en début d’année en République dominicaine ; Delcy est la tête de la toute puissante Assemblée nationale constituante. Cette dernière a rapidement rejoint le mouvement Somos Venezuela, l’instrument politique de Maduro, qu’elle est chargée de conduire. « Cette organisation n’a pas de siège ni de forces militantes. Elle vient de nulle part », assure Dimitris Pantoulas. Créé en juin 2017, Somos Venezuela peut désormais participer à des élections. Maduro prend ainsi le même chemin que Chávez, qui avait créé un PSUV à son service. « Il prend son indépendance », avance Dimitris Pantoulas.

Le président candidat amenuise à la fois l’influence de Diosdado Cabello, encore lui, enraciné au PSUV, et s’émancipe peu à peu de la figure tutélaire et écrasante de Chávez. Les premiers pas de la campagne présidentielle annoncent l’étape suivante du plan de Maduro : la construction du madurisme. « C’est la première fois que dans les discours publics et de campagne, on entend “je suis maduriste” », note l’analyste politique.

Durant ses premières années au pouvoir, le président s’interdisait d’employer le mot « maduriste ». Il ne s’agit pas pour autant de s’affranchir de l’image populaire du mentor, encore nécessaire. Les chansons de campagne prennent soin de rappeler la décision de Chavez de le désigner comme son successeur. Le candidat s’est recueilli sur la tombe de son prédécesseur avant de présenter sa candidature devant le Conseil national électoral. Le « madurisme » s’inscrit dans le legs de Chavez.

Juntos Podemos Más

Vidéo officielle de la campagne de Nicolas Maduro
https://youtu.be/tPNFuJE9Juc

Le militant d’extrême gauche

Nicolas Maduro a longtemps été décrit comme « l’ombre de Chavez ». Il a orienté une partie de sa vie vers ce seul but : lui être utile.

Son dévouement naît immédiatement après le coup d’État raté du 4 février 1992. Un obscur lieutenant-colonel au béret rouge, se présentant comme membre du Mouvement militaire bolivarien, prend la parole devant les journalistes, endosse la responsabilité de l’échec du coup d’État intenté contre le président Carlos Andrés Perez et assure qu’il « reviendra ».

Vive Tv

Déclaration de Hugo Chávez, 4 février 1992

https://youtu.be/dV1fKQscgSQ

À cette époque, Maduro est chauffeur de bus, syndicaliste et membre du parti d’extrême gauche Liga Socialista. Comme il le raconte dans un entretien donné au mensuel de gauche espagnole El Viejo Topo, il se rapproche alors du Mouvement militaire bolivarien et rencontre pour la première fois Chavez, emprisonné à la prison de Yare, le 16 décembre 1993. Ce jour-là, il « signe un engagement spirituel avec lui ». « Je vais avec cet homme où qu’il aille », raconte-t-il. Il milite pour son amnistie et joue le rôle de messager. Il était alors surnommé « verde », (« vert »), jeu de mot facile avec son nom « Maduro » (« mûr »).

Maduro n’a pas été créé par Chavez : sa formation politique et idéologique est bien plus ancienne. Il a milité depuis l’âge de 12 ans et son père, qui se nomme lui aussi Nicolas Maduro, a combattu la dictature de Marcos Perez Jimenez (1952-1958) et est l’un des fondateurs du Movimiento Electoral del Pueblo (MEP), une organisation socialiste née d’une division du parti social-démocrate Acción Democrática (AD), qui est aujourd’hui l’un des principaux partis d’opposition.

À la Liga Socialista, Maduro côtoie Jorge Antonio Rodríguez, fondateur du parti et père de Delcy et Jorge Rodriguez, l’avant-garde maduriste. L’historien Alejandro Velasco explique que la Liga était à ce moment-là « un petit parti, mais qui a formé la prochaine génération de militants de gauche ».

Maduro est remarqué par le responsable régional étudiant de la Liga, Rafael Quintero, qui a été le chanteur du groupe de musique latino Madera, soutien de la révolution bolivarienne. « Son charisme a permis d’amener de nombreux militants », se rappelle-t-il.

Le lycée Urbaneja Achelpohl, dans le sud de Caracas, où Maduro a été responsable étudiant, est un point stratégique. Le quartier « est une porte vers le centre de Caracas. En prendre le contrôle facilite la prise de la capitale », explique Rafael Quintero. D’après ses souvenirs, Maduro vivait alors « près de la place Las Tres Gracias, à coté de l’église San Pedro », un quartier de classes moyennes plutôt que populaires, alors que la communication officielle aime présenter les origines sociales du « président ouvrier » comme modeste.

Rafael Quintero voit dans Maduro l’homme qui a su « vaincre les plans de la droite » dans un Venezuela « attaqué ». Les sanctions économiques internationales donnent une nouvelle vitalité aux discours gouvernementaux anti-impérialistes. L’élection du 20 mai aura pourtant bien du mal à conférer de nouveau une légitimité au président quels que soient les résultats.

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 Jean-Baptiste Mouttet

Jean-Baptiste Mouttet

Journaliste indépendant entre l'Amérique du Sud et la France. Auteur de La grande revanche (Autrement). Collaborateur de Mediapart.

[1NDLR : Les élections régionales, deux fois reportées puis avancées, ont eu lieu le 15 octobre 2017. Elles ont été « amputées » sans justification par le pouvoir électoral. La population ne pouvait élire que les gouverneurs. Elle pourra élire les membres des conseils législatifs ce 20 mai. Quant aux municipales, même scénario : le 10 décembre, les citoyens n’ont pu élire que les maires et et pas les conseils municipaux qui seront finalement renouvelés ce 20 mai.

[2NDLR : La Procuraduría General conseille, défend et représente les intérêts de la République et sert d’instance de consultation pour l’approbation des contrats d’intérêts public.

[3NDLR : Les élections régionales, deux fois reportées puis avancées, ont eu lieu le 15 octobre 2017. Elles ont été « amputées » sans justification par le pouvoir électoral. La population ne pouvait élire que les gouverneurs. Elle pourra élire les membres des conseils législatifs ce 20 mai. Quant aux municipales, même scénario : le 10 décembre, les citoyens n’ont pu élire que les maires et et pas les conseils municipaux qui seront finalement renouvelés ce 20 mai.

[4NDLR : La Procuraduría General conseille, défend et représente les intérêts de la République et sert d’instance de consultation pour l’approbation des contrats d’intérêts public.

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