×

« Trahir » Maduro se paie cher

Au nom de la défense de l’héritage de feu Hugo Chavez, certains chavistes prennent leurs distances des mesures politiques et économiques de Nicolás Maduro. Leur fidélité au gouvernement antérieur ne les exempte pas des menaces et intimidations de la part des actuels dirigeants. Miguel Rodríguez Torres peut en témoigner. L’ex-ministre de l’Intérieur a été arrêté par la police politique dans l’après-midi du 13 mars. L’acharnement est presque pire qu’avec les opposants de toujours.

Andrea Tosta

18 mars 2018

Si l’on prend ses distances du gouvernement de Nicolás Maduro, il faut s’attendre à être la cible de représailles verbales et même physiques. Il n’y a aucune pitié. Quand on fait son combat de la sauvegarde la Constitution de 1999 - l’héritage le plus palpable de Hugo Chavez -, les représailles de l’exécutif sont publiques et notoires. Il ne met plus de gants. Place à des photographes anonymes, de l’intimidation en ligne, des écoutes téléphoniques, et des persécutions évidentes. Le châtiment peut même être pire que celui infligé aux opposants « traditionnels » ou « historiques ». La dissidence chaviste y fait face avec la conviction d’être la gardienne de la parole de son leader, mort et enterré.

La monnaie de sa pièce

Passé 16 heures le 13 mars, l’ex-ministre de l’Intérieur, de la Justice et la Paix, Miguel Rodríguez Torres Miguel Rodríguez Torres Miguel Rodríguez Torres est un militaire et homme politique vénézuélien.
Il a accompagné Hugo Chavez dans sa tentative de coup d’Etat en 1992 (4F). Il participa à la création du SEBIN, la police politique, et fut ministre de la Défense et de la Justice jusqu’en 2014. Il a depuis pris ses distances du gouvernement Maduro, a créé son mouvement politique Movimiento Amplio Desafío de Todos. Le 13 mars, il a été arrêté, accusé notamment de trahison à la patrie.
, a reçu la monnaie de sa pièce. Le père du Service bolivarien de renseignement national (SEBIN SEBIN Le Servicio Bolivariano de Inteligencia Nacional (Sebin) est la police politique vénézuélienne. Il a été créé en 2009 pour remplacer la DISIP. ) participait à un forum au nom du Movimiento Amplio Desafío de Todos, qu’il dirige à l’heure actuelle, quand il fut abordé par des fonctionnaires de la police politique qu’il a aidé à créer, et qui l’informèrent avoir reçu l’ordre de l’arrêter. Il fut emmené à la Direction général du contre-renseignement militaire (DGCIM DGCIM La DGCIM, Direction général du contre-renseignement militaire. ). Quelques minutes plus tard, un communiqué lu sur la chaîne publique VTV Venezolana de Televisión
VTV
Canal 8
Première chaîne publique vénézuélienne.
le lapida.

Le communiqué l’accuse d’être impliqué dans des actions contre la paix et la tranquillité publique, d’attenter contre l’unité monolithique des forces armées nationales, de commettre des crimes contre la patrie et d’essayer de porter atteinte à la tranquillité de ses compatriotes. On y lit également qu’ « il fut exclu du gouvernement bolivarien une fois prouvés ses liens avec des services de renseignements des Etats-Unis ; des relations que le sujet a reconnues postérieurement ».

Rodríguez Torres était ministre de l’Intérieur et de la Justice jusqu’en octobre 2014. Il provient des rangs militaires. En 1992, il participa à la tentative de coup d’Etat du 4 février (4F 4F 4F = 4 février 1992. Tentative de coup d’Etat militaire dirigée par Hugo Chavez qui le fera connaître auprès de la population. ) et s’oppose aujourd’hui au gouvernement en place. Il est la cible de représailles depuis que le domicile de son père, dans l’état d’Apure, fut perquisitionné sans mandat , comme il dénonça à l’époque sur son compte Twitter.

Pour les élections régionales du 15 octobre dernier, le Conseil national électoral Conseil national électoral
Consejo Nacional Electoral
CNE
Le Conseil national électoral est un pouvoir public autonome. C’est l’institution chargée de garantir et superviser le déroulement de tous les processus électoraux.
(CNE) a rejeté toutes les candidatures inscrites par son mouvement politique, dont celle de son père. Au sein du PSUV PSUV
Parti socialiste unifié du Venezuela
Le Parti socialiste unifié du Venezuela est le parti politique fondé en 2006 par Hugo Chavez pour remplacer le Mouvement Cinquième République.
, il est accusé d’être lié à la CIA. Eva Golinger Eva Golinger Avocate new-yorkaise, d’origine-vénézuélienne. Auteur de « The Chávez Code ». Est devenue célèbre pour avoir rendu public des documents de l’administration états-unienne prouvant l’implication de celle-ci dans la déstabilisation du gouvernement d’Hugo Chavez et le financement de groupes d’opposition.
Elle présente une émission sur la chaîne russe (en espagnol) Russia Today (RT).
l’a défendu au risque d’être accusée de « trahison ». L’ex-ministre a auparavant été privé de ses droits politiques pour 12 mois.

La liberté de pensée est presque inadmissible dans les rangs des « rouges » depuis l’arrivée de l’actuel président à Miraflores Miraflores Le Palais présidentiel, situé à Caracas. Il porte ce nom parce qu’on y avait vue sur un marché de fleurs. . Ceux qui osent critiquer des mesures politiques et économiques sont accusés de trahir la patrie. Selon le sociologue et politologue Carlos Raúl Hernández, ils sont les boucs émissaires d’un modèle totalitaire : « Dans les révolutions, le traitement infligé aux dissidents revêt une fonction d’exemplarité. Pas seulement dans l’administration de la justice mais comme une mesure d’asservissement. Penser différemment est un crime contre la révolution. Il en a toujours été ainsi ».

En 2012, quand José Grégorio « El Gato » Briceño, alors gouverneur de l’état de, changea de camp, c’est son entourage qui trinqua. Onze stations de radio, dont celles qui transmettaient son programme hebdomadaire, furent fermées par CONATEL CONATEL Le Commission nationale des télécommunications (CONATEL) est l’organisme public vénézuélien en charge deaal régulation, supervision et contrôle des télécommunications. C’est le CSA vénézuélien​. , qui justifia sa décision par la fin des concessions ou l’illégalité des transmissions. Celui qui sort du rang est réduit au silence. Le chroniqueur vedette du chavisme Chavisme Le terme « chavisme »est utilisé pour décrire le(s) courant(s) politiques revendiquant l’héritage de Hugo Chavez, décédé en 2013. , Toby Valderrama, l’apprit à ses dépens quand on commença à qualifier sa chronique Grano de Maiz [dans le journal oficialista Oficialista
Oficialismo
Oficialismo, le gouvernement. Oficialista, partisan du gouvernement.
Vea] de réactionnaire, même parmi ses plus fidèles lecteurs de l’époque, comme Mario Silva Mario Silva Mario Silva García est le polémique animateur de la toute aussi polémique et célèbre émission La Hojilla, sur la chaîne publique VTV. Il est membre du PSUV et député de l’Assemblée nationale constituante élue en 2017. .

En 2015, les ex-ministres Héctor Navarro Héctor Navarro Ancien dirigeant du PSUV et ancien ministre de l’Éducation, de l’Énergie électrique, des Sciences et de la Technologie sous les gouvernements de Chávez. Il a été exclu du parti gouvernemental en 2014 et est devenu un critique féroce du gouvernement du président Maduro. Il fait partie de la Plateforme de défense de la constitution (PDC). et Jorge Giordani Jorge Giordani Jorge « El Monje » Giordani a été ministre de la Planification à quatre reprises sous Hugo Chávez et puis sous Nicolás Maduro. Il a été destitué en 2014 et est devenu un critique de la gestion économique du successeur d’Hugo Chávez. furent agressés par des bandes maduristes de l’Esquina caliente Esquina caliente Littéralement, le « coin chaud ». Il s ’agit d’un lieu permanent de rassemblement de militants chavistes « ultras » sur la Place Bolivar à Caracas. et accusés d’être des traîtres, durant une conférence de presse qu’ils donnaient au centre de Caracas. 

En 2016, le site Aporrea était déjà devenu un espace ouvert à la critique. Géré par des membres de Marea Socialista Marea Socialista Courant politique de gauche d’obédience trotskiste. Fondé en 2007, il a fait partie du PSUV avant de le quitter. Parmi ses dirigeants on trouve Gonzalo Gómez, membre notamment de la Plateforme de défense de la Constitution et animateur du site Aporrea. , il a cessé d’être le porte-voix digital de la ligne officielle. Il en a payé les conséquences. Des « attaques cybernétiques » l’ont mis hors ligne plusieurs fois. En 2017, les hackings se sont faits plus nombreux jusqu’à rendre le site inaccessible durant cinq jours d’affilée. Dans un édito titré « Respectez Aporrea  », Gonzalo Gómez, son directeur, a déclaré que le portail est une cible à abattre à cause du contenu de ses articles d’opinion.

Le cas de la Procureure générale de la République Luisa Ortega Luisa Ortega Fidèle du Président Chavez, elle a été désignée à deux reprises (2007 et 2014) à la fonction de Procureure générale de la République. Elle a rompu avec le gouvernement de Nicolas Maduro en 2017 et en est devenue une féroce opposante. Destituée en août 2017 par l’Assemblée nationale constituante, elle a fui le pays avec son époux, l’ex-député chaviste German Ferrer. Díaz montre qu’on ne fait pas dans la dentelle. Elle avait mis en sourdine ses désaccords avec Maduro depuis la mort de l’ex-président Hugo Chávez, à qui elle obéissait sans dissimuler ses préférences politiques. Mais les ordonnances 155 et 156 de mars 2017 du Tribunal suprême de justice Tribunal suprême de justice
TSJ
La Cour suprême du Venezuela.
(TSJ), soustrayant des compétences à l’Assemblée nationale [contrôlée par l’opposition, NDLR], ont fini par réveiller une Procureure qui semblait être plongée dans un coma provoqué face aux violations des droits humains durant les manifestations de 2014 [connue sous le nom de La Salida La Salida La Salida, littéralement La Sortie, est une vague de manifestations de l’opposition et d’affrontements violents qui ont eu lieu début 2014 et se sont soldés par la mort de 43 personnes.
Selon le pouvoir, les cerveaux en seraient Antonio Ledezma, Maria Corina Machado et Leopoldo Lopez. Ce dernier a été arrêté et inculpé pour ces faits.
, NDLR].

Recommandé

En 2017, elle s’est élevée contre la « rupture de l’ordre constitutionnel  » et a dénoncé les détentions arbitraires, la torture, et les assassinats comme dans le cas de l’étudiant Juan Pablo Pernalete Juan Pablo Pernalete Etudiant vénézuélien tué dans des circonstances polémiques le 26 mai 2017 lors de la vague de manifestations de l’opposition contre le gouvernement Maduro au printemps 2017. le 26 mai. Pour cela, elle fut taxée de « traîtresse » et de « peu objective ». Maduro lui-même l’accusa de soutenir l’ « insurrection armée » en faisant référence aux manifestations de l’opposition. Elle fut finalement démise arbitrairement de ses fonctions par l’Assemblée nationale constituante (ANC) et remplacée par Tarek William Saab Tarek William Saab Actuel Procureur général de la République. Il a été désigné par l’Assemblée nationale constituante en août 2017 en remplacement de la rebelle Luisa Ortega. Cet ancien militant de gauche et de défense des droits humains, connu comme le « poète de la révolution », fut entre autres, sous Chavez ou Maduro député, gouverneur de l’État d’Anzoátegui et Defensor del Pueblo. . Elle dut prendre la fuite escortée en moto du siège du Ministère public à Parque Carabobo (Caracas) après qu’on lui en ait empêché l’accès.

Avec son époux Germán Ferrer Germán Ferrer German Ferrer était député jusqu’à l’été 2017. Elu sur les listes du PSUV, le parti gouvernemental, ce militant de longue date se forma à Cuba, participa à la lutte armée au Venezuela et fut torturé en prison.
Suite à la rébellion de son épouse, la Procureure générale de la République Luis Ortega au printemps 2017, il va prendre ses distances et quitter les rangs du parti gouvernemental. Accusé d’être à la tête d’un réseau d’extorsion au lendemain de la destitution de son épouse, il prendra le chemin de l’exil avec elle.
, elle a dénoncé l’intimidation contre sa famille et a accusé le régime de possibles futures agressions. «  Je viens de la Quatrième République Quatrième République
Cuarta
Est appelée IVe République au Venezuela le régime de démocratie représentative de 1958 à 1999, dominé par deux partis, qui a précédé l’arrivée de Chavez au pouvoir (février 1999) et l’adoption d’une nouvelle constitution (décembre 1999) donnant naissance à la Ve République.
et je sais ce qu’est cette situation. Nous affirmions que la dictature de Pérez Jimenez était un euphémisme par rapport à la répression de la
Cuarta avec les gouvernements d’AD et de COPEI COPEI
Comité d’organisation politique des électeurs indépendants
Parti démocrate chrétien vénézuélien. A dominé le paysage politique du pays de 1958 aux années 90 avec le parti social-démocrate Action Démocratique (AD).
, mais je peux dire maintenant que les gouvernements de la
Cuarta n’arrivaient pas à la cheville de l’actuel avec la répression qui est menée aujourd’hui au Venezuela. Nous allons tout droit vers une dictature  », affirmait le député du PSUV au début juillet 2017. Quelques jours plus tard, le couple a fui le pays dans une navette rapide depuis la Péninsule de Paraguaná, au nord ouest du pays, vers l’île d’Aruba [Antilles néerlandaises, NDLR] et de là, a pris l’avion vers la Colombie. Depuis, Luisa Ortega est passée par le Brésil, le Panama et le Costa Rica, pour y porter de graves accusations de corruption contre le gouvernement vénézuélien.

Le bloc chaviste anti-Maduro

Evans, Ortega Díaz et Ferrer font partie d’un front chaviste qui condamne les actions du gouvernement de Maduro, tout comme Víctor Álvarez, ex ministre des Industries de base et des Mines ; Hector Navarro, ex-ministre de l’Education, et Ana Elisa Osorio, ex-ministre de l’Environnement. En défense d’un chavisme pur et dur, certains en sont même arrivés à serrer la main et à se prendre en photo avec des leaders de l’opposition comme l’ex-gouverneur de Miranda Henrique Capriles et le député Freddy Guevara Freddy Guevara Député à l’Assemblée nationale pour l’Etat de Miranda au nom de la MUD, la coalition de l’opposition au gouvernement de Nicolás Maduro, il a été élu lors des élections législatives du 6 décembre 2015 et et a été vice-président de l’Assemblée nationale. Il est membre du parti Voluntad popular, créé par Leopoldo Lopez et dont fait aussi partie Juan Guaidó..

Le 6 novembre 2017, lors d’une session extraordinaire, l’Assemblée nationale constituante a levé son immunité parlementaire, pour son rôle présumé dans des violences des quatre mois de manifestations de l’opposition au printemps 2017. Il s’est alors réfugié à l’ambassade du Chili.
[en fuite au Chili, NDLR].

Eustoquio Contreras fait aussi partie de ce groupe. Son éloignement du régime est devenu palpable lors de la convocation de l’Assemblée nationale constituante (ANC). Le député a quitté le Bloque de la Patria [le groupe parlementaire du pouvoir, NDLR] au cours de la session du 1er août 2017 et a créé avec Ferrer le Bloque Parlementario Socialista « en défense du projet de patrie et de l’héritage de Chávez » pour se réincorporer à l’Assemblée nationale abandonnée par le PSUV. Il a défendu la nécessité d’une consultation populaire pour activer un processus constituant et ses critiques se sont faites plus incisives avec l’installation de l’ANC le 4 août 2017.

« Je n’ai pas été la cible d’une intimidation directe, mais si cela devenait le cas, je le vois comme un risque inhérent à la fonction. Cela ne va pas m’empêcher de dormir. Qu’arrive ce qui doit arriver. Ma ligne de conduite est en cohérence avec ma conscience révolutionnaire », a-t-il affirmé. Contreras considère que la dissidence a augmenté avec Maduro à la tête de l’Etat.

A l’instar de Rodríguez Torres, d’autres militaires qui ont participé au mouvement subversif du 4 février 1992 (4F), comme l’ex-gouverneur de Mérida Florencio Porras, ont exprimé leur mécontentement dans un communiqué. [1] [Au moment de publier cet article, une vague d’arrestations a lieu parmi les militaires qui ont participé au 4F,NDLR]

« Ils tenteront toujours de réduire au silence Clíver Alcalá », lance ce major général et ex-commandant de la Red de defensa Integral (REDI) en parlant de lui à la troisième personne. L’officier diplômé de l’Académie militaire fait partie de ceux qui ont aidé Chavez dans sa tentative de prendre la présidence par les armes il y a 25 ans.

Clíver Alcalá fut le premier à qualifier les forces armées de « chavistes » [Elles doivent normalement se garder de tout engagement politique, NDLR] et a eu un parcours émaillé par les scandales quand il était proche du gouvernement. Il fut même nommé par l’ex-magistrat Eladio Aponte Aponte, exilé aux Etats-Unis, pour son implication dans le trafic de drogue en avril 2012. Rien n’y a fait. Ni accusation, ni enquête. Jusqu’à ce qu’il prenne ses distances de Miraflores. En 2016, il a soutenu le référendum révocatoire Référendum révocatoire La Constitution de 1999 (art. 72 CRBV) a introduit le mécanisme de référendum révocatoire. Selon une procédure précise, les citoyens peuvent convoquer un référendum révocatoire contre tout élu arrivé à la moitié de son mandat . Un tel référendum a eu lieu contre le Président Chavez en 2004. Il l’a emporté. Celui que voulait organisé l’opposition en 2016 a été annulé pour de supposées fraudes lors de la phase de collecte de signatures. contre Nicolas Maduro [que l’opposition a voulu convoqué avant qu’il ne soit annulé pour de supposées fraudes, NDLR] et a critiqué l’Operación Liberación al Pueblo Operación Liberación al Pueblo
OLP
Opérations de Libération et de Protection du peuple
Il s’agit d’un plan de sécurité lancé en 2015 par le gouvernement contre le crime organisé. Il s’agit d’actions policières et militaires dans des quartiers populaires. Ces actions ont généré leur lot de dénonciations de violations des droits humains et d’exécutions extra-judiciaires.
(OLP) après le massacre de Barlovento Massacre de Barlovento Le 15 octobre un total de 20 jeunes furent arrêtés dans la municipalité de Acevedo, Etat de Miranda, dans le cadre du plan gouvernemental de lutte contre le crime organisé « Operación de Liberación del Pueblo ». Si 8 furent libérés, 12 disparurent. Le 25 novembre, les autorités ont découvert de nombreux corps dans des fosses communes à Barlovento. 14 militaires ont été arrêtés pour ces faits. . Un an plus tard, il continue à être insulté mais n’a pas été menacé ni persécuté jusqu’ici. « La dissidence du chavisme est aujourd’hui une réalité. On minimise son impact. Nous avons vu qu’il n’y a pas que l’idéologie qui compte, qu’autre chose était possible et nous croyons à ce qui est juste », affirme-t-il.

On frappe à la porte

Le harcèlement politique a tourné à l’intimidation ouverte. L’ex Defensora del Pueblo Defensoría del Pueblo
Defensora del Pueblo
Defensor del Pueblo
La Defensoría del pueblo est une institution publique chargée de surveiller le respect des droits humains et de défendre les citoyens.
Gabriela Ramírez a dénoncé devant le Ministère public en juin 2017 la présumée intimidation dont elle aurait été la cible sur les réseaux sociaux. Plus généralement, l’Opération « Tun Tun Tun Tun « Tun Tun », c’est le bruit que font les agents du SEBIN, la police politique, quand ils frappent très tôt le matin à la porte d’une de leur cible. L’expression « Opération Tun Tun » est entrée dans le langage courant en 2017. Le dirigeant chaviste Diosdado Cabello a souvent menacé d’une « Opération Tun Tun » des opposants depuis le plateau de son émission de télévision sur VTV « Con El Mazo Dando ».  » a été activée contre les « traîtres ». Le SEBIN a perquisitionné la résidence de Luisa Ortega et Germán Ferrer dans le quartier de la Alta Florida à la demande de Diosdado Cabello. C’est ce qu’a dénoncé l’ex-Procureure générale sur son compte Twitter. La chaîne publique VTV a transmis les images quelques jours plus tard, en mettant en exergue son niveau de vie et, selon TalCual [2], en négligeant des informations importantes.

Reportage de VTV

Le SEBIN perquisitionne la propriété de l’ex-Procureure Luisa Ortega Díaz

https://www.youtube.com/watch?v=nx62gpoDyYM

Ce fut le tour ensuite d’un ex-allié. Avec eux, ils sont plus durs. Cinq patrouilles, quinze hommes masqués et « armés jusqu’aux dents  » et une ambulance ont été déployés dans la rue où réside Nícmer Evans Nícmer Evans Politologue et militant chaviste dissident. Il a fait partie du courant politique Marea Socialista avant de créer le parti NUVIPA. Il est aussi à l’origine du site web d’information Punto de Corte. . Ils ont mis les moyens pour le chercher afin de lui demander s’il avait eu des contacts avec le député Ferrer, accusé aussi par Cabello et Saab de corruption et d’extorsion et dont l’arrestation avait été ordonnée par le TSJ. « Je suis arrivé à la conclusion qu’ils ne le cherchaient pas. Ils ont frappé à ma porte à 21h50 pour me transmettre un message : ‘On vient maintenant pour toi’  », déclare-t-il.

 

Ils ont frappé à ma porte à 21h50 pour me transmettre un message : ‘On vient maintenant pour toi’

Evans assure que la dissidence est inacceptable pour le gouvernement de Maduro. Il se plaint aussi du sectarisme du parti gouvernemental et du manque de critique et d’autocritique. « Ils ne permettent pas qu’il y ait une voix différente au sein du chavisme qui écoute et réalise ce que le pays demande » explique-t-il. Il sait de quoi il parle puisqu’il fut membre de Marea Socialista, un mouvement politique qui a été le premier à sortir du PSUV créé en 2008.

Plusieurs mois après sa rupture, le politologue a découvert qu’il était sous écoute et que son adresse électronique et ses comptes sur les réseaux sociaux avaient été piratés. Il en a récupéré le contrôle dans les jours qui ont suivi. Il explique en plus qu’il est la cible d’un harcèlement permanent dans des programmes de VTV comme Con El Mazo Dando, Zurda Konducta et La Hojilla ainsi que de la part d’usagers anonymes sur Twitter. « Ils inventent des excuses et des arguments pour intensifier le terrorisme d’Etat. Pour la gauche démocratique issue du chavisme, on cherche par tous les moyens à écraser la dissidence »

L’escalade

Etre dissident du gouvernement de Chavez et de Maduro n’est pas la même chose. Le général Raúl Isaías Baduel est l’exemple type de comment l’intimidation, les mauvais traitements et les menaces peuvent évoluer avec le temps et les changements présidentiels. Sa loyauté envers Chavez a marqué les événements de 2002 : il a dirigé le mouvement militaire qui l’a réinstallé au pouvoir après le coup d’Etat [du 11 avril 2002, NDLR]. Il fut commandant en chef de l’Armée de terre et devint ministre de la Défense en 2006. Jusqu’à la rupture en 2007, quand le « Comandant suprême » a proposé de réformer la Constitution de 1999. La projet n’a échoué que de peu à passer le cap des urnes [lors d’un référendum, NDLR] et n’a pas été digéré par le général, qui s’est ouvertement manifesté contre. Ce sont des accusations de corruption qui l’ont ensuite conduit derrière les barreaux de la prison de Ramo Verde Ramo Verde Prison militaire située Los Teques, dans l’Etat de Miranda, près de Caracas. en 2009, même s’il se dit « prisonnier de Hugo Chávez  ». Il continue aujourd’hui à affirmer que sa condamnation est le produit de son désaccord avec le gouvernement.

Assigné en résidence surveillée puis renvoyé au cachot juste avant de finir sa peine, Baduel est aujourd’hui « un disparu » après un transfert irrégulier depuis Ramo Verde. Son châtiment s’est durci avec Maduro au pouvoir. Sa famille en paie le prix. « C’est clair que je suis sur écoute, témoigne sa fille Andreína Baduel, qui a été la cible de harcèlement in crescendo depuis huit ans. C’est évident quand tu es dans un restaurant et, qu’à côté de toi, s’assoient quatre hommes payant avec des cartes des banques des militaires et qu’ils te prennent en photo. Leur attitude corporelle est menaçante, ils agissent ainsi pour nous effrayer. Ils savent qu’on les reconnaît. L’un d’eux m’a même dit un jour : ’Désolé, c’est mon travail’ », raconte la jeune fille dont l’intimidation fait partie du quotidien.

Malgré la surveillance, elle raconte sans crainte qu’ils ont sorti son père de la prison militaire de Ramo Verde le 8 août à 5h30 du matin et qu’il n’y a eu, par après, aucune nouvelle de son état de santé ou de son lieu de détention. Des bruits de son transfert aux sièges de la DGCIM, au CONAS CONAS Commandement anti-extorsion et kidnapping (CONAS), Commandement national anti-drogues, une structure faisant partie de la Garde nationale bolivarienne. , puis au SEBIN ; et même à la base aérienne de Maracay courraient mais la famille ne savait rien. Elle accusait le gouvernement de la « disparition » du général Raúl Isaías Baduel. Le Procureur général désigné par la Constituante, Tarek William Saab, a confirmé que le militaire a été changé de lieu de réclusion, sans informer de l’endroit. [M. Baduel est actuellement détenue à La Tumba, une prison du SEBIN située Plaza Venezuela à Caracas, NDLR]. 

Les châtiments, persécutions, expulsions et condamnations sont la réponse du pouvoir gouvernant contre ceux qui « passent » à l’opposition. Le 20 juin, Luisa Ortega Díaz a déclaré qu’au Venezuela « l’Etat de droit est démantelé et que nous vivons dans un état de terreur  ». Son cas, comme celui d’autres critiques provenant du chavisme, démontre que c’est la force qui est utilisée contre ceux qui élèvent la voix. On en fait des exemples pour éviter que d’autres suivent. Après tout, « si on agit ainsi contre la Procureure générale de la République, qu’est-ce cela doit être contre un citoyen lambda », se demande Ortega Díaz.

partagez

Andrea Tosta

Andrea Tosta

Journaliste vénézuélienne. A remporté le prix de l« excellence journalistique » 2017 de la Sociedad Interamericana de Prensa (SIP) pour la série « Morir una, dos y tres veces de hambre », de El Estímulo. A collaboré avec Runrun.es, El Pitazo et écrit à l'heure actuelle (2018) pour El Estímulo et sa revue Climax

[1Nuevo documento de los militares del 4F : “Al pueblo venezolano”, La Patilla, 27 mai 2016, https://www.lapatilla.com/site/2016...

[2Los “lujos” de Luisa Ortega y la doble moral de VTV,Tal Cual, 24 août 2017, http://talcualdigital.com/index.php...

[3Nuevo documento de los militares del 4F : “Al pueblo venezolano”, La Patilla, 27 mai 2016, https://www.lapatilla.com/site/2016...

[4Los “lujos” de Luisa Ortega y la doble moral de VTV,Tal Cual, 24 août 2017, http://talcualdigital.com/index.php...

Tags
Traduction
  • Frédéric Lévêque pour Barril.info

Source
PS

Les intertitres ont été ajoutés par Barril.info

Lire aussi

Inscrivez-vous à la Newsletter

2019 © Tous droits réservés.